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samedi, septembre 26 2009

Entre extase et déception, le Japon a la baguette

Le grand plon­geon ! Ou plu­tôt le grand saut puis­que je prends l’avion après n’avoir trouve que des sui­tes de luxes exor­bi­tan­tes dans les car­gos. Pour le départ, je me fais un petit ral­lye avec un retour express a l’appart de la famille qui m’héberge. Je fais mon sac en 15 min, un record ! C’est métho­di­que et il n’y a pas de place pour l’hési­ta­tion. Les adieux faits, je cours pren­dre mon bus, le 48. La chance me sou­ris, je n’attends pas trop. Je retrouve Jenya a son arrêt, le bon bus pour l’aéro­port n’est pas la. La pres­sion monte. On saute dans un autre, achète un nou­veau billet a la gare rou­tière pour l’aéro­port. Je me dis que je suis vrai­ment un andouille de me met­tre dans des situa­tions pareilles… A l’aéro­port, je pèse mon sac a dos : oula, bien trop lourd mon petit ! Dans le hall de l’aéro­port, je change de stra­té­gie. J’éven­tre mon sac et récu­père tout ce qui est lourd pour mon bagage a main, qui du coup se trouve rem­plit d’un tas de cho­ses des plus inu­ti­les. Le pas­sage chez les doua­niers est trop facile par rap­port a tou­tes les con­train­tes que je me suis tape pen­dant mon voyage, mais je ne vais pas râler qu’ils ne me deman­dent aucun des reçus d’enre­gis­tre­ments de cha­cun de mes héber­ge­ments. de Sur la balance du check in, je pose mon gros sac, pile poil 20 kg ! Si ça c’est pas de l’œil…
Dans l’avion, je suis assis a cote de deux hom­mes d’affaire japon­nais, je n’ai tou­jours pas de plan pour le Japon, je ne sais pas ce que je vais y faire une fois le pied pose sur le tar­mac. Je sors mon lonely pla­net de ran­don­nées et en fait un éplu­chage rapide et métho­di­que (il n’y en a même pas une au départ de l’aéro­port !). La dis­cus­sion avec mes voi­sins s’engage… Me voici déjà a Nii­gata, sur la cote ouest japo­naise, tou­jours sans aucune idée d’où je vais aller. Les hôtes­ses de l’air se sont embrouillées les pin­ceaux avec les fiches de ren­sei­gne­ment con­tre la mala­die qui se déve­loppe au Mexi­que et redis­tri­buent les fiches dans un cafouillage iro­ni­que­ment plai­sant a regar­der lors­que l’on a du temps devant soi. Me voila dans le hall de l’aéro­port. Qui dit aéro­port, dit loin de la ville et donc navette de trans­fert. Mais encore faut-il que je me pro­cure des yens pour payer… Je trouve la ban­que fer­mée et au gui­chet d’infor­ma­tion, l’hôtesse gênée m’expli­que que le dis­tri­bu­teur est dans la ban­que qui rou­vre demain matin a 9h. Un temps, je me dis que faire de l’aéro­port mon QG pour une nuit pour­rait être une idée aty­pi­que. S’arrê­ter dans un lieu ou d’habi­tude on ne fait que pas­ser… mais voila, je croise un gars russe dans la même situa­tion que moi, qui fait du change a la russe, c’est a dire avec deux autres rus­ses assis sur un banc de l’aéro­port.. Et hop, me voila dans le bus au milieu de cette ville qui res­sem­ble a un grand pla­teau de jeu play­mo­bil tant l’orga­ni­sa­tion de l’espace sem­ble répon­dre a des règles et tant il est sur­charge de tout pleins de petits gad­gets. Je ne sais tou­jours pas ou je vais. Je ne le déci­de­rai que sur un coup de tête, en fonc­tion des billets de trains dis­po­ni­bles…

Akita 08/06/2009 : Petit cafouillage puis­que ni moi, ni mon chauf­feur qui m’a pris en stop en train de déval­ler la route de mon­ta­gne ne trouve le superbe onsen (source ther­male) au bord de la mer, pres­que les pieds sur les vagues… Il me dépose donc a un grand SPA asso­cie a ma gare de départ de demain. Il ne me reste plus qu’a trou­ver un repas et un lieu de dodo. Je suis juste au milieu de nulle part, dans un cen­tre de loi­sir. Fais le tour des bâti­ments pour voir ce qui se pré­sente a moi. Après avoir acheté un paquet de bis­cuit qui pour­rait com­plé­ter ma boite de thon a la tomate, je me mets a la recher­che d’un lieu de cam­pe­ment. Der­rière un bâti­ment, je trouve un petit che­min qui part dans une nature un peu moins domp­tée. Sur la droite, après quel­ques explo­ra­tions, je trouve une pinède a peu près plate. Mais la vue sur la mer m’est bou­chée et je me fer­rai bien cette petite com­pen­sa­tion vu que je n’ai pas eu droit a l’onsen. Je reviens au SPA et fait un tour d’ins­pec­tion des bâti­ments et de leurs alen­tours. Comme dans l’un d’eux je en pige pas ce que c’est, j’entre et cons­tate que c’est un onsen ! La récep­tion­niste m’accueille et me pro­pose un bain chaud pour 500 yens, soit pas cher. Je suis bien tente, alors je tente de lui dire que ej reviens dans 20 min. Elle ne parle que japon­nais et ne com­prends pas bien . Elle me demande si je dois retour­ner a ma voi­ture ou a ma cham­bre. Je lui expli­que donc que je suis venu en train et que je vais cam­per un peu plus loin. Ah bon ! vous êtes venu en train, alors pour vous l’onsen, c’est moi­tie prix.. Ça c’est une bonne sur­prise, mais je vou­drais plan­ter ma tente avant qu’il ne fasse nuit. Je lui dit que ej reviens, mais elle ne com­prend pas pour­quoi je pars. Et c’est la qu’appa­rais­sent mira­cu­leu­se­ment 2 ran­don­neurs que j’ai croise a midi. Ils par­lent bien anglais et font inter­prè­tes. Sauf que per­sonne ne com­prend ou je vais dor­mir, alors je change mon fusil d’épaule et demande ou je peux dor­mir. J’appelle le patron pour savoir si vous pou­vez dor­mir la, devant. Je me vois déjà en train de me faire bot­ter les fes­ses… Non pas pos­si­ble par con­tre sur le par­king en con­tre bas, pas de pro­blème. Sauf que plan­ter des sar­di­nes dans du gou­dron, ça ne va pas être facile affaire. Mes com­pè­res me disent qu’ils con­nais­sent un endroit ou je peux cam­per. Je monte dans leur voi­ture, on fait 400m, oui 400m et en plein milieu du SPA, ils me disent voila, la c’est OK !. Je n’aurais même pas ose deman­der… Je pré­texte de la pente pour me met­tre un peu a l’écart, plante la tente et file a l’onsen.
Je suis seul, alors j’y reste une heure. En sor­tant, je vais me poser dans le salon pour boire quel­ques ver­res d’eau fraî­che. Un jeune gars arrive. Je vois bien qu’il me regarde avec curio­sité, qu’il vou­drait bien par­ta­ger quel­ques mots, mais comme il ne fait rien, j’engage la con­ver­sa­tion. Il parle très bien anglais, c’est mon jour de chance ! Il fait tou­jours son timide, je lui dis de s’asseoir avec moi. You­hei, 27 ans, souf­fleur de verre au stu­dio du SPA vient tous les soirs après le bou­lot a l’onsen. Comme il y a des plats pas cher a l’onsen, je lui demande s’ils sont bon. Il ne sait pas, mais lui aussi n’a pas mange. Comme c’est le cas de cer­tains de ces col­lè­gues aussi, on tente de s’orga­ni­ser une petite bouffe, mais ça tombe a l’eau. Du coup You­hei me pro­pose de venir bouf­fer chez lui. Seul hic, c’est que c’est a 15 min de moto et que moi, j’ai ma tente au SPA. Eh bien, c’est pas com­pli­que, il m’invite a man­ger et dor­mir. Je démonte ma tente sans avoir dormi dedans… Et moi qui n’avait ni repas ni lieu de cou­chage. Ça a du bon la galère…

Sur la route de Sap­poro 11/06/2009 : Levé 7h30, il pleut des cor­des ! ca tombe bien, je dois plier le camp… Je viens de dor­mir sur une petite aire de route, dans ma tente mate­las­sée par une herbe grasse et bien verte. Kou­chan, que j’ai ren­con­tre dans le ferry et qui m’a pris en stop dors lui dans son van. 13h, arri­vée a Sap­poro. 14h Kou­chan qui n’a pas mange de petit dej’ et con­duit toute la mati­née n’est plus très lucide : il nous amène exac­te­ment a l’oppose de la ou il veut aller, le tem­ple a l’ouest. Je décide d’aider cet homme a mon tour. Je prends la carte ou la ville de Sap­poro tiens deux fois dans la pomme de ma main et décode. Je le guide et lui me tra­duit les pan­neaux pour que je puisse ajus­ter. A 14h30 on est au tem­ple, ou une céré­mo­nie de mariage a lieu…

Sap­poro 16/06/2009 : Sur­pre­nant ! Pour le fes­ti­val du tem­ple de Muriyama, une pro­ces­sion dans les rues est orga­ni­sée, mais plu­tôt que de mette ce défilé aux cos­tu­mes tra­di­tion­nels en valeur, il est traite comme une ano­ma­lie de la vie nor­male (de la rou­tine ?). On ne parade pas en plein cen­tre de la rue, mais sur le cote, bien serre. Lors­que le feu passe au rouge on s’arrête, même si cela scinde le cor­tège en petit mor­ceaux. Les bus dont la voie est occu­pée klaxon­nent de bon droit. On se hâte de se pous­ser, on s’excuse, entas­ses sur le trot­toir. La parade en perd toute sa majes­tuo­site. Déci­dé­ment la cul­ture Japo­naise n’accepte pas l’excep­tion ! C’est dom­mage parce qu’il y aurait tel­le­ment de cho­ses a met­tre en valeur. Mais le rap­port des japo­nais a leur his­toire, leur cul­ture est tel­le­ment dif­fé­rent du notre. Tou­jours en con­traste, les bro­chu­res décri­vent le moin­dre objet comme le plus ci ou le plus ça, uni­que, excep­tion­nel. Il nous fau­drait comme par enchan­te­ment tom­ber en extase devant une nature morte, sans plus d’expli­ca­tions que ça. Sur com­mande. Mais dans la vie de tous les jours, la cul­ture n’est pas vécue comme un élé­ment struc­tu­rant, mais plu­tôt comme un pro­duit de l’His­toire. Tourné vers le passe, sim­ple résul­tat ou obli­ga­tion a accom­plir par devoir. Pour les japon­nais, leur cul­ture ne com­porte pas beau­coup de sens. Ils ne l’appren­nent d’ailleurs que très peu a l’école ou le roman­tisme fran­çais et les con­quê­tes, l’assu­rance Amé­ri­caine ont bonne place. Je me demande bien ce qui les fait se sen­tir nation, mais poser la ques­tion demande une intros­pec­tion a laquelle les japon­nais ne sont habi­tues. Elle reste donc sans réponse, a moins que l’on ne me souf­fle que c’est un peu­ple insu­laire… Dans ce con­texte, l’excep­tion cul­tu­relle fran­çaise prend tout son sens. Il y a pour­tant tant de cho­ses qui me bous­cu­lent ici qu’il est impos­si­ble qu’il n’y ait pas de cul­ture japo­naise bien ancrée dans la vie de tous les jours au point de la ren­dre spé­ci­fi­que. Mais la cul­ture japo­naise est cer­tai­ne­ment moins his­to­ri­que que faite d’un con­trôle, d’une peur et d’une sou­mis­sion au saint sys­tème social. Ne pas expé­ri­men­ter est ici cul­tu­rel. La règle apporte l’assu­rance du savoir. Mais les règles sont bien dif­fé­ren­tes de cel­les de la France…

A Sap­poro, je suis bien décidé a aller faire un tour chez le coif­feur : ma der­nière coupe com­mence a dater et puis je me fer­rai bien met­tre un petit coup de pro­pre a ma barbe pour la lais­ser pous­ser. Ça tombe bien, ici il y a des bar­biers de tous les cotes. Je rêve déjà de me faire dor­lo­ter la barbe…
Avant de par­tir, David, le texan qui m’héberge, m’apprend a deman­der une coupe che­veux et barbe, avec juste un rafraî­chis­se­ment pour cette der­nière. Chez le bar­bier d’à cote des hal­les, je fais donc usage d’un peu de japon­nais. Le bar­bier, lui, me regarde pla­cide, comme si ce que je venais de pro­non­cer n’était qu’une infâme bouillie de sons. Il se remet a balayer comme si de rien n’était. Étrange manière de faire du com­merce !
Je repends ma petite comp­tine une deuxième fois en m’effor­çant d’arti­cu­ler et d’éli­mi­ner tous les sons qui me parais­sent trop fran­çais. Rien n’y fait : j’ai l’impres­sion de deman­der une baguette de pain a un char­cu­tier. Même une troi­sième fois avec la lan­gue des signe ne me per­met pas de me faire com­pren­dre, alors David vient a mon secours, en me regar­dant étonné. Je fini par être invite a m’asseoir sur le siège devant moi.
Une ser­viette ren­trée dans le col de mon tshirt, le bar­bier pose un sim­ple drap sans man­ches sur moi. Il s’absente 5 min pen­dant les­quel­les j’entends pleu­rer une lame que l’on aiguise. Il pré­pare ensuite une mix­ture qu’il fait mous­ser avec son blai­reau : nous voila prêts ! Il humi­di­fie mes che­veux avec un spray et le voila qui s’affère avec ses ciseaux. 1er pas­sage, 2eme, 3eme, 4eme, … Mais com­bien compte-il en faire ? Moi je ne vois pas la dif­fé­rence hor­mis qu’un coup, c’est le cote droit qui est plus touffu que le gau­che et puis inver­se­ment, ou alors que la coupe de la nuque est en arrondi au lieu d’être en carre… Bref, ça prend des heu­res avant qu’il ne passe a la barbe.
Étrange méthode parce qu’il com­mence par me raser : la lame affû­tée comme un sabre glisse toute seule sur ma peau, puis il dépose sur la petite ser­viette qu’il a mise sur mon épaule cette mousse encom­brée de poils. Les ciseaux repren­nent du métier pour aller tailler dans cette masse qui con­traste main­te­nant avec la finesse du grain de la peau. J’aime bien ma tête comme ça, j’ai pres­que envie de lui dire de en pas tou­cher a cette barbe proé­mi­nente, mais le plai­sir d’une barbe bien taillée me fait renon­cer a cette idée.
Les 3 pre­miers coups de ciseaux me per­met­tent de soup­çon­ner l’ampleur de la catas­tro­phe qui va sui­vre : trop court, bien trop court, manie­ment des ins­tru­ments peu habile et coupe approxi­ma­tive. Je tente de me con­vain­cre que ce n’est pas mon métier, que je n’y con­nais rien, mais je vois de plus en plus de trous se des­si­ner, d’angles appa­raî­tre après des coups de ciseaux aussi long que la lame. Il s’y reprend a 10 fois pour cor­ri­ger, mais a cha­que fois le résul­tat empire. Le clou du spec­ta­cle c’est pour la gorge. Le tête légè­re­ment incli­née vers l’arrière je le vois sor­tir la ton­deuse. Il coupe une pre­mière fois très bien a mon goût hor­mis pour l’arrondi de la mâchoire a droite. Il le voit et le cor­rige. Trop. D’ajus­te­ment en ajus­te­ment je vois ma barbe réduire et crains qu’elle ne se réduise plus qu’a un fin filet. Je vou­drais lui faci­li­ter la tache, alors je me fais le plus détendu que je peux et me rend le plus pas­sif pos­si­ble pour qu’il puisse faire comme bon lui entende. J’attends qu’il m’incline la tête, qu’il me la relève, mais non, rien de tout cela. A cha­que fois qu’il sem­ble avoir ter­mine, il se remet tout de suite au tra­vail et coupe un peu plus.
Ce n’est qu’après être sorti, en mar­chant dans la rue que je com­prends ce qui s’est passe et prends la mesure du qui­pro­quo : j’attends et me remet a lui pour qu’il soit con­for­ta­ble, mais lui com­prend que je en suis pas satis­fait puis­que j’attends, alors il coupe un peu plus et un peu plus en atten­dant que je relève la tête pour expri­mer ma satis­fac­tion. Je com­prends pour­quoi le son est rapi­de­ment arrive dans les films muets ! Ah ! cette cul­ture japo­naise du non-dit me sur­pren­dra tou­jours par les lieux et les cir­cons­tan­ces dans les­quel­les elle frappe. Dire que tout les deux nous vou­lions bien faire…
Et c’est sans comp­ter la valeur de la faute qui est intes­ti­na­le­ment inad­mis­si­ble au Japon. Je com­prends main­te­nant l’atti­tude du bar­bier lors­que je suis entre. Les japon­nais n’ont pas assez de barbe, alors on ne taille pas, on rase. Lui avait très bien com­pris ma phrase mais fei­gnait de na pas enten­dre ma requête parce qu’il ne savais pas com­ment la réa­li­ser. Se pro­té­ger de l’inconnu plu­tôt que d’aller vers l’avant. Se retran­cher der­rière la lan­gue plu­tôt que d’expli­quer son incom­pé­tence en la matière. Qui aurait cru qu’aller chez le coif­feur pour­rait etre si ins­truc­tif !? Il faut tout de même, une fois arrive chez soi pren­dre les ciseaux et se met­tre devant la glace…

En arri­vant au Japon, mal­mené par le choc des cul­tu­res et par mon coeur, je m’étais accro­che a mon pro­jet ini­tial, faire le pays du nord au sud (les japon­nais diraient d’est en ouest) telle une excuse pour lais­ser du temps au temps. La greffe a pris et l’imprévu est bien venu se mêler de cette his­toire. Il a fait la majo­rité du con­tenu de ce pro­jet en forme de coquille vide. Mais, s’il a bien ali­mente ma curio­site, il n’a pas pour autant change le cours des cho­ses, souf­frant tou­jours de cette cul­ture japo­naise trop cali­brée, trop super­fi­cielle et tota­le­ment arti­fi­cielle lorsqu’il s’agit de rela­tions humai­nes. Je ne me suis pas fait au Japon, ou le Japon ne s’est pas fait a moi, mais dans tous les cas, je me sens prêt a pro­non­cer le divorce. Hok­kaido est cer­tai­ne­ment tres pro­met­teur, mais je sens deja la trom­pe­rie de la cul­ture japo­naise me rat­tra­per, ces bar­reaux de me sui­vre meme au plus pro­fond de la nature. Peu a peu, tôt ou tard, je pres­sent que le charme tom­bera et que j’aurais sous les yeux et sous mes pas la mul­ti­tude de con­train­tes que les japon­nais s’impo­sent a eux meme et qui ron­gent ma liberte, qui bouf­fent mon pro­jet. Je met dans la balance le temps, l’argent et mon desir de liberte : il est temps de par­tir. Par­tir ce n’est pas fuir et je compte bien aller faire un petit tour dans l’ouest.
La pre­miere etape de la liberte, c’est de le faire avec ma methode : une carte, une sta­tion ser­vice et un pouce. Et la pluie, ne pas oublier la pluie. Je regarde a gau­che, je regarde a droite : des cons­truc­tions a perte de vue, je suis bien loin d’etre sorti de la ville. Mais c’est ca ou.. Ou quoi d’ailleurs ? Quelle est mon alter­na­tive avec ma carte qui cou­vre le quar­tier ? A la sta­tion ser­vice, le pom­piste hal­lu­cine au point qu’il me regarde fixe­ment affale sur sa chaise.

Tokyo 23/06/2009 : Retrouve Tonya la soeur de Sasha ren­con­tree a Vla­di­vos­tok. RDV est donne a Shi­buya, a la sta­tue du chien. C’est 17h30, c’est bonde, mais je suis sur de recon­naî­tre une russe parmi tout ces gens effa­cés. Elle arrive avec le corps tiré comme si toute la chair devait etre ten­due. Ses deux petits seins sont deux obus ronds qui sem­blent aussi dur que du rock. Cet effet de corps toni­que et la grace de la lon­gé­vité asso­ciée au jeux des cour­bes : c’est elle.
On file dans le sud, sur une ile arti­fi­cielle cons­truite de tou­tes pie­ces avec des dechets. C’est bizarre de retrou­ver quelqu’un qu’on n’a jamais vu. On change de metro pour une ligne pri­vee aerienne. Sur place, on decide juste de mar­cher.
On a tous les deux une vision bien dif­fe­rente du Japon : elle y trouve plus de liberte et moins de rudesse. Tout l’oppose de moi ! Ce n’est pas comme en Rus­sie me dit-elle, ici on a la secu­rite que ce soit pour nos affai­res ou pour nous. Je peux mar­che seule le soir, croi­ser la rue, … et les gens ont du res­pect. Ils ne sont pas indi­vi­dua­lis­tes au point d’exa­cer­ber leur super­io­rite.. Par con­tre, avec son look d’etran­gere, elle est la cible d’un defou­loir mas­cu­lin. Defou­loir ou fan­tasme, je ne sais pas bien, mais sou­vent on la prend par la main en lui disant vient avec moi par la. Quelqu’un d’hors sys­teme : une oppor­tu­nité de ne pas res­pec­ter la règle sans per­tur­ber la machine, sans réper­cus­sion et donc sans faute.
Enfin, chose inte­res­sante, les gens peu­vent se diver­tir ici. Le poids de l’his­toire est dans les yeux, le regard. Dans ce sys­teme réglé comme une mon­tre, infan­ti­li­sant, elle trouve plus de liberte que dans cette Rus­sie encore mar­quee par les tra­ces du com­mu­nisme… ou de sa néga­tion tres rapide.

Tokyo 24/06/2009 : … His­toire de bou­cler la par­tie tra­di­tion­nelle, on va faire un tour a la cite inter­dite : ce n’est plus qu’une large espla­nade de gra­vier gris, entou­ree de ver­dure, avec 2 gar­des qui doi­vent etre tota­le­ment las­ses, un petit pont qui passe par des­sus les dou­ves et une large porte, fer­mee. A bien y regar­der, la muraille, le pont et les dou­ves for­ment un ensem­ble roman­ti­que, et apres ? Je ques­tionne Yuta (qui m’heberge a Tokyo) sur qui exac­te­ment vit a l’inte­rieur ? L’empe­reur, avec sa famille, des invi­tes ? Sont-ils tou­jours la, vrai­ment la, assi­gnes a resi­dence sans pou­voir sor­tir ? Quel est leur role ? Il est inca­pa­ble de repon­dre parce qu’il n’en a pas la moin­dre idee. J’ai du mal a com­pren­dre ces gens qui vivent sans raci­nes, qui igno­rent tout de leur his­toire et vous font l’apo­lo­gie du der­nier pull machin a la mode ou de l’impor­tance d’accor­der sa mon­tre a la cou­leur de la coque de son por­ta­ble. Tant de super­fi­ciel…

On se retrouve donc a Shi­buya a l’heure de pointe : c’est juste le car­re­four le plus fre­quente de Tokyo. A cha­que extre­mite des pas­sa­ges pie­tons, des bras et des jam­bes s’agglo­me­rent. Les voi­tu­res pas­sent, cir­du­lent, mais ce n’est que lors­que les feux pie­tons bas­cu­lent au vert que l’on rea­lise le nom­bre de per­son­nes. Peu a peu, le bitume se fait gri­gno­ter par les pas des pie­tons qui affluent de tous les coins et vont dans tou­tes les direc­tions. Le bitume dis­pa­rait, c’est l’apo­gee, mais cela dure une bonne minute, au point que l’on se demande d’ou peu­vent bien sor­tir tout ces gens, si on n’est pas en train de nous faire une mau­vaise bla­gue. L’espace est tota­le­ment envahi. Et puis les lumie­res bas­cu­lent. Deja des retar­da­tai­res atten­dent et s’amas­sent, cein­tu­rant les der­niers de la four­née qui s’épar­pillent, s’effi­lo­chent sur la chaus­see. Comme s’ils avaient ete sur­pris, ils rede­vien­nent indi­vi­dus. Les pas s’acce­le­rent, les regards fixent l’autre rive avec déter­mi­na­tion, avec des cous mon­tes sur res­sort qui font le yoyo. La voie n’est pas tota­le­ment dega­gee que deja les voi­tu­res rede­mar­rent. Le tout sous le feu des ecrans geants qui pro­dui­sent un mono­lo­gue inter­mi­na­ble que cha­cun sem­ble igno­rer. Ils sont un peu dans leur monde : ils se par­lent sans dis­cu­ter. Ce sont des cages de lumiere et de sons qui vou­draient bien vous atti­rer, vous hap­per. Ils n’auraient cer­tai­ne­ment aucun mal a vous dige­rer dans un large sou­rire inno­cent. Le spec­ta­cle offert est pour­tant des plus triste, acca­blant. Cha­que pan­neau lumi­neux redou­ble d’inge­nio­site et d’effet d’ani­ma­tion, mais ce que je vois, ce sont des lar­mes de lumière. Et ces cris qui sor­tent de ces fene­tres ou des geants aux allu­res de prin­ces­ses et de heros sau­vant le monde avec un nou­veau mas­cara ou le der­nier tele­phone son­nent comme un appel au secours que ces glou­tons de lumiere me font. Ils n’ont d’autre choix que de vous char­mer et de vous atti­rer pour leur pro­pre sur­vie, mais l’on peut lire sur leur dio­des cette triste joie, le poids de ce maquillage qui une fois en cou­lisse les acca­blent. Je me sens tant désolé pour eux, vic­time de leur exis­tence, con­si­gnée a l’absurde. Acca­bles d’ennui, con­traints de ven­dre du rêve.

Tokyo 25/06/2009 : Sur­prise dans le train quand je trouve une pan­carte disant que le wagon est réservé aux fem­mes pen­dant les heu­res de pointe. Je ques­tionne Yuta. Cela lui sem­ble tout natu­rel : Tu sais, on ne sait jamais, il y a des per­vers, mais il n’a jamais vu pareille situa­tion se pro­duire… C’est bien japo­nais ca de se pro­te­ger d’une pos­si­ble even­tua­lite au point de se per­sua­der qu’elle est mon­naie cou­rante. Et si cela devait etre vrai, a quoi bon soi­gner les maux si l’on ne fait rien pour les cau­ses : ils ne se ren­dent meme plus compte qu’ils sont res­pon­sa­ble avec leur sys­teme ou l’on ne peut rien dire, rien lais­ser parai­tre, qui pousse a la psy­chose.
Pour Yuta, s’il n’y avait pas ce pan­neau, ce serait un scan­dal. Pour moi, il est scan­da­leux. Il me prend pour un fou et mon point de vue lui parait bien arro­gant, impoli. Il est scan­da­lise que je ne veuille pas aider, que je ne vienne pas au secours de ce qui est pour moi une derive du sys­teme social japo­nais. Une incom­pre­hen­sion de plus.

Je demande plus d’infos sur la cul­ture zen que je mécon­nais pour com­pren­dre le but, la methode, les croyan­ces, les pra­ti­ques, … mais la seule reponse que j’obtient, c’est que pra­ti­quer le zen, c’est se poser et faire le vide en soi : impos­si­ble d’en savoir plus sur la methode, le liens avec les dieux, la place du rituel et du prê­tre, les pra­ti­ques socia­les. Mes ques­tions se heur­tent a la seule reponse du vide inte­rieur : mais pour­quoi faut-il un tem­ple alors ? Yuta en fait n’essaye pas de repon­dre a mes ques­tions qu’il ecoute a peine et ne tente pas de com­pren­dre : il a une idee en tete, une reponse toute faite. Il est imper­méa­ble. Cer­tai­ne­ment par une meco­nais­sance de sa pro­pre cul­ture, par un désin­té­rêt arro­gant a com­pren­dre ses raci­nes. Pour­quoi cher­cher du sens ? Du sens, il en trouve d’ailleurs plus lorsqu’il entre dans une bou­ti­que et s’achete un pull.

Tokyo 27/06/2009 : Jour­nee d’ecri­ture. Jour­née d’incom­pré­hen­sion avec ma famille d’accueil qui trouve que je perds mon temps. Ils me vou­draient occupe a cha­que ins­tant a visi­ter ceci, a visi­ter cela. Ils ne con­çoi­vent pas que je trouve mon comte dans la vie cou­rante. Pour eux, je n’expé­ri­mente pas, je suis en train de glan­der et c’est insup­por­ta­ble au point qu’ils m’en par­lent et se met­tent a vou­loir m’orga­ni­ser quel­ques bon­nes dis­trac­tions. Ils veu­lent me sau­ver de cet imprevu et de cet absence de regles que je recher­che jus­te­ment… Je leur fais la preuve que je ne man­que pas pour­tant pas d’idees, mais rien de bien con­ven­tion­nel, de bien qua­li­bré. Je fuis ce qui est fait pour les tou­ris­tes et eux croient que je rejet­tent leur cul­ture. Je prends le temps de mes affai­res cou­ran­tes et eux vou­draient me voir cou­rir par­tout. Noter dia­lo­gue est sourd parce que nos objec­tifs dif­fe­rent : pour eux c’est quan­tite, pour moi c’est qua­lite. Pour eux c’est les endroits ou il faut pou­voir dire j’y ai ete, pour moi c’est les petits recoins ou j’espere voir ce qui est cache.
Il y a peur eux dans mon atti­tude de l’irres­pect parce que je ne suis pas inte­resse par tout ce qui se donne a voir et qu’il faut avoir vu. Je dis bien vu, parce que pas besoin de s’attar­der, ni de se ques­tion­ner pour rem­plir un peu plus sa check-liste. Nous ne par­ta­geons pas les memes valeurs, les memes con­cep­tions et en pre­mier lieu, celle de la qua­lite. Si le bati­ment est beau, tota­le­ment inonde de tou­ris­tes et sura­me­nagé, c’est parce que c’est le meilleur, donc il faut y aller, quitte a ne pas pro­fi­ter de ce qui fait son ame, de ce qui le fait vibre, de ce qui pourra vous tou­cher. Le soir ils m’embar­quent au resto, comme ca ils pour­ront sau­ver ma pitoya­ble jour­nee.
Voya­ger dans le royaume de la con­som­ma­tion et de la con­ven­tion n’est pas chose facile. Sor­tir du sys­teme, c’est pren­dre la pres­sion en pleine poire de ceux qui veu­lent vous y aire re-ren­ter.

Tokyo 01/07/2009 : Hier soir, je me suis pris la tete avec Yuta qui avait decide pour moi que je devais aller man­ger des sushis frais dans tel petit res­tau a cote du mar­che. Inter­dic­tion d’aller un peu plus loin, inter­dic­tion de ne pas le faire. Mon refus modere que j’exprime par une hési­ta­tion (tiens ! je me suis fait au pays…) est resenti comme une agres­sion. Il n’est pas ques­tion de ter­gi­ver­ser, je dois man­ger des sushi frais la-bas un point c’est tout. Le gar­con s’enerve et devient tout rouge en me disant que par mon refus, je mets sa parole en doute et que c’est un pro­fond irres­pect. Il n’est pas hys­té­ri­que, juste bien japo­nais. il affirme que je ne pour­rais jamais de ma vie en man­ger d’aussi bon, sauf que le gar­con n’y a jamais ete et qu’il tient l’infor­ma­tion d’inter­net… Il n’en est pas moins que je dise que je n’ai pas besoin du supreme exquis de la per­fec­tion est une irri­ta­tion a l’inte­grite de sa cul­ture, de ce qui le com­pose. un veri­ta­ble affront seu­le­ment parce qu’encore une fois cela fait parti des cho­ses qu’il faut avoir fai­tes juste pour pou­voir dire que l’on y a ete. Le gar­con n’ima­gine pas que dans ma vadrouille je puisse trou­ver un autre port de pois­son frais. Il ne com­prend pas non plus ma réti­cence a me faire plu­mer comme un tou­riste, sim­ple­ment parce qu’il n’arrive pas a ima­gi­ner avec quel oeil regarde le voya­geur. D’ailleurs com­ment peut-il voir si on ne le guide pas par la main pour lui mon­trer, si on ne l’assiste pas avec un par­cours tout pret.
Je me decide tout de meme a le faire ce resto, au moins en con­ci­lia­tion avec cette famille gene­reuse qui m’offre l’hos­pi­ta­lite.

Et puis a Tokyo, j’en ai marre, je me dis que je me suis trop range, trop plie a ces regles japo­nai­ses qui font que tout fonc­tionne en un clin d’oeil, mais sans le moin­dre gout. Il me faut plus d’aven­ture, alors je decide de me met­tre en dif­fi­culte : en plus de faire du stop n’importe ou je me mets a evi­ter les heu­res d’affluence et com­mence a ten­dre le pouce apres l’heure du repas, quand tout le monde est bien ren­tre a la mai­son pour le repas. Ca ajoute lar­ge­ment du piment, parce qu’en plus, il fait nuit.

Kyoto 03/07/2009 : … Pour patien­ter on va faire un tour dans une librai­rie. Tou­jours ins­truc­tif de savoir avec quoi un peu­ple se cul­tive. Au milieu des pho­tos-repor­ta­ges, sans com­pren­dre le titre, je tombe sur un guide inti­tule Ce que veu­lent les hom­mes : leur plaire. Un vrai manuel de petite boni­che dont on aurait blo­que la crois­sance cere­brale. Celui d’a cote n’est pas mieux, il s’adresse aux hom­mes. Tous deux ne font que repe­ter des sté­réo­ty­pes et des lieux com­muns dont cha­cun sait qu’ils ne font plus recette depuis bien long­temps. Mais au moins les mots lais­sent-il de la place a l’ima­gi­na­tion, ce qui n’est pas le cas de cet autre maga­sine ou l’on y apprend com­ment abor­der une femme, l’ame­ner dans son lit, lui faire l’amour et eja­cu­ler. Car oui mes chers mes­sieurs, il ne fau­dra pas oublier d’eja­cu­ler, telle est la regle ! Je vois bien mon petit japo­nais en pleine action en train de jet­ter un oeil a sa check liste pour savoir com­ment faire et que faire apres. Si peu de spon­ta­néité, tant de nevrose que je com­prends main­te­nant que l’on dise des fran­cais qu’ils soient roman­ti­ques. Je rigole de la chose avec Mai (une amie du gar­con qui m’heberge, Yasu­nari), mais je suis atterré, acca­blé. Pau­vres petits qui ne peu­vent meme pas pro­fi­ter de la decou­verte de la sexua­lite sans devoir se rat­ta­cher a des regles. Tant de frus­tra­tion, de cul­ture de la frus­tra­tion.

Kyoto 08/07/2009 : Parti en bus en sui­vant les con­seils du lonely : il y aurait un bon endroit pour faire du stop. Sur place, impos­si­ble de savoir quelle est la bonne direc­tion. Je demande a un groupe de mecano qui veu­lent me rame­ner a la gare puis a un vieil homme a velo qui pani­que et demande assi­tance a une voi­ture. Eux veu­lent me faire pren­dre la natio­nale, pas l’auto­route. Tou­tes ces nego­cia­tions, poli­tese oblige, me font per­dre une bonne heure. Cumule avec la dis­cus­sion avec Yasu­nari, je ne suis pas en avance ! Je les quitte et me poste sur la bre­telle d’auto­route, a la sor­tie d’un pont et trop courte, vrai­ment trop courte. Moins de 50m. Il faut dire que le pays a eu ses éco­les de kami­ka­zes… Du coup je passe le pan­neau que je ne peux rater inter­dit aux pie­tons avec l’espoir d’avoir un peu plus d’espace devant le peage. En moins de 5 minu­tes, je me fais pecher par la police qui me rac­com­pa­gne sur ma bre­telle trop trop trop courte. Du coup j’y fais du stop, mais les voi­tu­res pas­sent vrai­ment trop vite, je doute qu’elles aient le temps de me voir. Et lorsqu’il y a un camion, je me recule ! Alors que je me demande, deja fache con­tre moi-meme, com­bien de temps je vais bien pou­voir res­ter plante la, deux jeu­nes revien­nent me cher­cher a pied. La fille a dit a son copain de me pren­dre. J’aime les filles, même maquées… (il n’est pas des­cend de mar­quer ici qu’en plus elle est mignonne dans son joli pan­ta­lon noir a bre­tel­les) Ils ont pour sim­ple plan d’aller man­ger le repas de midi a l’exte­rieur et pro­po­sent de m’accom­pa­gner jusqu’au cha­teau d’Himeji que je veux aller visi­ter. Si c’est pas de la chance ca, c’est que c’est de la bonté !? Le gar­con a voyage en Nou­velle Zelande et y a fait une par­tie de ses etu­des. Il trouve que les gens la bas sont bien plus cha­leu­reux, parce que spon­ta­nés. Mais il se refait bien tout de meme au sys­teme japo­nais. 17h11 : on visite le cha­teau de l’exte­rieur, parce qu’on arrive trop tard. Je decide de pour­sui­vre mon tra­jet. Ils me depo­sent sur une toute petite entree d’auto­route. Ca donne l’impres­sion que l’inge­nieur a fait une bou­lette et a des­servi avec une auto­route un vil­lage minus­cule. J’y attends 1h20 et me jette une fois dans le fosse a la vue d’une voi­ture jaune des patrouilleurs. Fina­le­ment, je suis pris par une jeune et sa mère, mais elles ne vont pas assez loin, alors elles me lais­sent a la Ser­vice Area sui­vante, une carte rou­tiere dans les mains : juste ce qu’il me man­quait. Je me poste devant la sta­tion essence parce que c’est la que les gens qui pour­sui­vent un voyage pas­sent. Tra­jet pour­suivi avec un con­duc­teur fou qui roule a 140 (alors que les gens sont plu­tot a 80). Il me fait rat­tra­per ma galere de 1h20 mais me depose dans une Par­king Area toute petite parce que je n’arrive pas a lui faire com­pren­dre que je vou­drais quel­que chose de plus grand. Je tente ma chance en jouant du pouce, puis decide de pas­ser du mode pas­sif au mode actif : je vais demar­cher. Au 2eme coup, la dis­cus­sion s’engage avec un homme autour des 45 ans. Il esquive ma ques­tion sur le stop, mais je le sens bien, alors on parle d’autre chose, assis sur le petit bout de trot­toir devant les toi­let­tes. Un lam­pa­daire nous dou­che de lumiere. Sa femme, qui parle mieux anglais, rap­pli­que et demande direc­te­ment ou je dors ce soir. Comme la reponse c’est dans la tente, sur la route, elle me pro­pose de venir dor­mir chez eux, dans une petite ville, sur une petite ville. Pro­po­si­tion accep­tee dans la seconde, bien que ca me fasse sor­tir de mon iti­ne­raire prin­cial. Pen­dant tout le tra­jet, on rigole bien, on se cham­bre meme. Ils m’appel­lent mon­sieur Nico­las, avec beau­coup d’iro­nie. Eux, ils ramè­nent leur belle-fille a la mai­son, que l’on atteint a 9h30. Ils m’ouvrent la cham­bre, dres­sent le lit, me font pren­dre la dou­che en 1er, m’offrent a boire et avant d’aller me cou­cher rem­plis­sent le frigo avec une canette de cha­que bois­son qu’ils pos­se­dent, au cas ou, pour la nuit. Mal­heu­reu­se­ment, per­sonne ne vient me racon­ter d’his­toire pour que je m’endorme. De tou­tes façons, en japo­nais…
Le matin, avant 7h, je me leve avec un petit dej’ deja tout pret sur la table : cafe, oeuf au plat, toast avec du miel, … tout y est ! Ils m’ame­nent au maga­sin de golf qu’il gerent. La bas, je tente de taper dans me pre­mie­res bal­les. La chance du debu­tant me sou­ris au debut, puis, il est con­firme qu’il y a du tra­vail ! Ils met­tent a ma dis­po­si­tion un ordi, pour que je puisse don­ner quel­ques nou­vel­les a ma famille et je con­verti leur ordi­na­teurs a Fire­fox. Un ser­vice en vaut bien un autre. La dis­cus­sion va bon train avec eux et leur employee. Avec goo­gle maps, je leur mon­tre mon chez moi et l’urba­nisme a la fran­caise. Comme tout ca prend du temps, ils m’offrent un curry et une pas­te­que con­coc­tée par le grand-père, dans son jar­din, son petit pota­ger. Dans notre dis­cus­sion, je leur ai dit que je n’avais pas de ton­nes d’affai­res dans mon sac, mais que deja il pesait lourd. Et voila qu’ils se disent qu’ils peu­vent encore me filer un petit coup de main : ils m’offrent 3 nou­veaux tshirt et 3 pai­res de chaus­set­tes. Ca va me faire du poids sup­plé­men­taire, mais je sais que je ne peux pas refu­ser. C’est comme ce billet de bus pour Hiro­shima que l’on me glisse dans la main : il n’est plus temps de refu­ser. Comme s’il man­quait encore quel­que chose, au moment ou je monte dans le bus, le mari me glisse 3000 yens dans la main. Je tente de les refu­ser, c’est trop, mais en vain. Il y a des fois, comme ca ou l’on fait de bon­nes ren­con­tres et je me dis que ma mise en dif­fi­culte en fai­sant du stop apres les heu­res de repas n’y est pas pour rien. Bien­ve­nue dans mon Japon, celui que l’on prend a la dure et qui se révèle tout doux…

On ne visite pas le Japon, on le per­turbe. Car ici, le sys­teme social et d’inte­rac­tions socia­les n’est ni impro­vise, ni pris a la légère. Visi­ter le Japon revient pour les japon­nais a accep­ter qu’un intrus face irrup­tion dans le sys­tème bien réglé qui assure leur bon­heur, leur bien-être. Car ici tout est régit, il y a le ying et le yang, ce que l’on peut faire et ce que l’on ne doit pas faire. Il n’est pas ques­tion de sor­tir des clous. L’ori­gi­na­lité repre­sente une excen­tri­cité qui n’est autre qu’un ris­que majeur de voir s’effon­drer tout le sys­teme. L’etran­ger, pau­vre naif, est para­chute dans ce sys­teme dont il ne con­nais pas les regles. Il ne peut que le per­tur­ber et de ce fait repre­sente un dan­ger, dont il vaut mieux se pro­te­ger. Et voila la bou­cle bou­clee, le sys­teme qui se referme, la peur qui se cul­tive. Au Japon, on vous regarde et l’on change de trot­toir 20m devant vous pour evi­ter la pani­que d’une situa­tion dont on ne con­nais pas la regle. La meilleure solu­tion, c’est la fuite, l’evi­te­ment.
Le Japon fait encore la chasse aux sor­cie­res. C’est cer­tai­ne­ment le pays le plus sur du monde, mais tout y es tel­le­ment regit par des regles, un code de con­duite rigide et sans fon­de­ment que l’on puisse vous expli­quer, qu’il y est impos­si­ble d’y avoir une inde­pen­dence. D’action. D’esprit. Le plus sur est encore de sui­vre la regle, parce qu’elle per­met de pre­dire. Du moment qu’elle existe… Parce que, ce que ne voient pas les japo­nais, c’est que c’est aussi la solu­tion la plus ris­quee parce qu’elle leur hote toute capa­cite d’adap­ta­bi­lite pour faire face a toute sorte de situa­tion. Fina­le­ment, le pays qui se veut etre le plus sur du monde en pro­té­geant ses citoyens en est peut etre le moins sur. C’est le para­doxe japo­nais.
Du Japon, j’atten­dais un pays a la cul­ture pro­fonde et a la spi­ri­tua­lite deve­lop­pee. Mais une fois au Japon, je rea­lise qu’un de mes pro­bleme c’est que je en reve pas. Les regles qui regis­sent ce pays et ce peu­ple sont trop stric­tes pour moi qui aie besoin de liberte. Je ne retrouve pas tout le mys­ti­que de l’uni­vers de Mya­zaki, ni celui de Gul­li­ver de mon enfance. Leur cote méti­cu­leux et cette rigueur cas­tra­trice me cou­pent l’ima­gi­na­tion. Je me sens pri­son­nier d’une boite. Je n’ai plus d’espace d’expres­sion, ni d’espace per­son­nel tant tout est range, cali­bre, mil­li­mè­tre. Adieu les grands espa­ces rus­ses… Enferme dans ma tete, je patine dans mes réflexions per­son­nel­les, phi­lo­so­phi­ques. Je perds un peu le fil de mon voyage et puis me res­saisi : je veux voir ce qu’on ne peut pas mon­trer : la cul­ture clan­des­tine.
La plu­part de la cul­ture moderne est légère, super­fi­cielle et fausse Mya­zaki : Bien­ve­nue au Japon ;-)

Pour l'apéro, de quoi picorer dans 4 mois de voyage

Il y a tant a dire, que je vous donne des bri­bes, des brou­tilles de ce qui s’est passe dans ma vie de voya­geur pen­dant ce long moment de silence. Juste de quoi vous met­tre au jus (un p’tit jaune ? :-p). Vous étiez encore avec moi en Rus­sie…

Après la Rus­sie, j’ai passe 2 mois a tour­ni­co­ter au Japon et puis un mois a val­din­guer a Taï­wan avant de sau­ter dans un avion pour le Viet­nam ou je suis depuis un peu plus d’un mois. J’ai com­mence par le sud et suis en train de remon­ter vers le nord. Je ne vois tou­jours pas le temps pas­ser, mais il faut dire qu’avec tou­tes mes idées far­fe­lues pour sor­tir des entiers bat­tus, des aven­tu­res, il m’en arrive ! Tiens la der­nière, je me suis acheté une moto, comme ça je suis bien plus indé­pen­dant, sauf des sou­cis méca­ni­ques. Tel­le­ment indé­pen­dant que je suis a 2 doigts de plan­ter la tente et d’ouvrir mes rations de sur­vie a 9h du soir sur un che­min fores­tier défoncé par les pluies tor­ren­tiel­les des der­niers jours, en pleine jun­gle. La suite devrait être un teck dans la jun­gle, mais je galère a orga­ni­ser ça ici a cause du con­trôle de l’armée que j’ai déjà un peu trop croi­sée au goût de mes parents… Vous voyez bien que je tente de m’assa­gir, je vous l’avais dit !

vendredi, septembre 25 2009

Et la trotteuse qui s'en allait éperdument

Mon car­net manus­crit de péni­ble­ment s’arrê­ter au 4 août 2009 après une course con­tre la mon­tre oscil­lant entre le mois et 2 semai­nes de retard. Ou de fer­men­ta­tion. Je ne rat­tra­pe­rais pas, ça me coûte trop au quo­ti­dien. Je chan­ge­rai bien mon fusil d’épaule. J’ai déjà le plan de bataille et même plu­sieurs idées qui m’irri­tent les babi­nes a force de voir ma lan­gue y pas­ser. Mais l’inten­sité de ma con­di­tion de voya­geur soli­taire gri­gnote le pas­sage a la réa­lité. Des ques­tions admi­nis­tra­ti­ves me rat­tra­pent aussi dans cet océan de liberté ou je prends bien plus mon temps que ce que j’avais ima­gine. Je me retrouve con­fronte a des limi­tes qui m’obli­gent a pen­ser a mon retour. Un compte a rebours est lance dans mon dos. J’ai la désa­gréa­ble sen­sa­tion d’être une cible en sur­sis, de ne plus maî­tri­ser le cours des cho­ses. Je dois bien le faire rire cet esprit malin qui me voit tour­ner tel un fauve dans une cage. A moins que sur de l’issue, il ne soit en train de se pré­las­ser en atten­dant que la fin indé­nia­ble ne sur­vienne. Il y a de temps a autre un goût amer de fin qui s’insi­nue dans mon voyage. Je me sens bridé, pres­que rési­gné a accep­ter ce retour de force avant de faire un sur­saut et de pen­ser a tout ce que le temps qui me reste peut con­te­nir. Je n’ai pas envie de faire a moi­tie et voir mou­rir mon voyage a petit feu parce que je le fais a con­tre cœur. Je ne me sens pas oblige de voya­ger. Je pré­fé­rai réso­lu­ment l’ache­ver plu­tôt que de l’écor­ner, le sabrer. Mais je ne peut accep­ter de me rési­gner, de m’incli­ner sans aller au com­bat. Il me reste tel­le­ment de cho­ses a faire, d’espoir a faire briller, d’idées fol­les a ten­ter.
Mon car­net et mon blog pren­nent la pous­sière. Les der­niè­res lignes ne for­ment qu’un flou et mince hori­zon au loin dans cette vaste éten­due de papier vide. Les jours chauds, je croi­rai a un mirage. Dans toute l’his­toire de mon voyage au Japon, a Taï­wan et au Viet­nam, ce qui man­que, c’est l’his­toire. Je me dis tou­jours que je vais le faire, la cet aprem, après le repas et puis voila que mes plans sont cham­bou­les par une ren­con­tre, la météo, … mes com­pa­gnons tem­po­rai­res de voyage. S’arrê­ter pour écrire. Pas­ser d’acteur a obser­va­teur. Une véri­ta­ble puni­tion, une retraite, un renon­ce­ment dans ces pays ou tout grouille et ou jamais rien ne s’arrête. Ce serait nager a con­tre cou­rant dans des pays qui me mobi­li­sent pour tout, tout le temps : tra­ver­ser la rue, man­ger, évi­ter les arna­ques, évi­ter les tou­ris­tes.
Mais ce qui me man­que le plus, c’est un lieu de créa­tion, un labo­ra­toire, un incu­ba­teur. Une col­lo­ca­tion, une famille d’expat, … ouais, c’est ça qu’il me fau­drait. Parce que la société du loi­sir n’a pas encore vrai­ment atteint l’Asie que je visite. A peine l’effleure-t-elle le soir lors­que l’on joue au vol­ley ou que l’on fait une par­tie de billard fran­çais. Elle vivote, bal­bu­tie. Il n’y a pas de place ici pour ce temps. Ou peut être il n’y en a pas le goût. Ce n’est en tout cas pas socia­le­ment ancré. Cet absence d’espace et de temps, je crois, m’a con­ta­mine. Le temps de l’écri­ture est un temps lent, et je suis ici, au Viet­nam, dans une four­mi­lière (ou les pieds dans la pous­sière).
Écrire ici est un défit périlleux. Dans ce pays en déve­lop­pe­ment, au poten­tiel encore lar­ge­ment inex­ploité, le bruit est par­tout. Même dans la cul­ture. Dehors, les motos rugis­sent dans un flux con­tinu de 5h du matin a 22h. Sans répit. Les klaxons, sub­sti­tuts au code de la route, vien­nent ajou­ter des cris stri­dents a ce bruit de fond. Réfu­giez-vous a l’inté­rieur et vous ser­rez au cœur de la caisse de réso­nance d’un gigan­tes­que ins­tru­ment de musi­que. A moins que vous ne puis­siez pro­fi­ter, ou que ce soit, de l’équi­va­lent des feux de l’amour, que l’on regarde le volume a fond, cer­tai­ne­ment pour com­pen­ser la médio­crité du jeu et du scé­na­rio afin que le pou­voir dis­trayant puisse se révé­ler. Un coin calme ne le reste jamais long­temps. Les ano­ma­lies, ça ne peut per­du­rer. Si ce n’est pas la télé que l’on allume a fond a 2 m de vous, alors ce sera un curieux qui vous attra­pera la main sans le temps de vous lais­ser finir votre phrase. Que fai­tes-vous, d’ou venez-vous ? Allons boire un verre ! Ah ! non, vous n’allez pas m’offen­ser et refu­ser… Nul ne tiens compte que vous étiez peut-être occupe, con­cen­tre. Il vous faut être dis­po­ni­ble, satis­faire a cette curio­sité, cette intru­sion sans maniè­res.
Mais au delà des con­di­tions avec les­quel­les il me fau­drait com­po­ser et bien que le moral soit bon, je com­mence a res­sen­tir une usure : voya­ger seul me lasse, alors sou­vent, je pars a la recher­che de com­pa­gnons. Ma famille et mes amis aussi me man­quent, et je replonge dans mon passé. En ce moment, c’est Crevo, mon petit cha­let de mon­ta­gne savoyard, qui me revient en rêves. Les haut pla­teaux cen­traux le jour, les som­met alpins la nuit, déci­dé­ment, quel­que chose m’a piqué ! Écrire requiert de s’iso­ler et je me sens déjà assez isolé. Pré­caire aussi, dans ce monde que je mécon­nais. Il faut aller cher­cher au fond de soi, dans ses entrailles les plus pro­fon­des, les plus sen­si­bles aussi pour écrire. Il faut s’ouvrir, se révé­ler et pour arri­ver a libé­rer avec le plus d’authen­ti­cité ses émo­tions, ses sen­ti­ments. Il faut enle­ver tou­tes les pro­tec­tions, les bar­riè­res, se met­tre a vif, s’expo­ser et pren­dre le ris­que de s’écor­cher. Si j’ai du mal a écrire, c’est aussi parce que je me pro­tège dans ce milieu hos­tile. Cer­tai­ne­ment parce que je con­nais ma sen­si­bi­lité, un réflexe venu d’expé­rien­ces pas­sées. A con­tre cou­rant, en lutte, il est loin le temps de l’écri­ture sim­ple­ment libé­ra­trice. Mais je n’aban­donne pas mes mots.

mardi, septembre 22 2009

Un conseiller va prendre votre appel, merci de patienter...

De l’abus ! Oui, voila, il n’y a pas d’autre mot si je ne veux enten­dre par­ler d’infi­dé­lité, d’irres­pect. Mais, oui, je ne suis pas sage, je le recon­nais volon­tiers. Vous lais­ser comme ça le bec dans l’eau sans la moin­dre petite prose sur mon voyage…
J’entends déjà depuis de longs mois les petits démons qui crient au scan­dale dans le fond de ma boite e-mail. Les rale­ries et les atta­ques vien­nent de tou­tes parts dans ces petits mes­sa­ges de détresse lit­té­raire que je reçois. Savam­ment dis­til­lées dans un petit mes­sage d’encou­ra­ge­ment ou sous une pointe de curio­sité. Quand ce n’est pas de l’inquié­tude. Sou­vent j’y palpe une tou­che de décep­tion. J’y per­çoit même des fois cette petite botte secrète qui vient frap­per mon der­rière et qui devraient aisé­ment faire bas­cu­ler mes mains en direc­tion du cla­vier. Des mes­sa­ges empoi­son­nes, des leur­res ? Non, rien de tout cela. Tant de ruses déployées pour­tant pour qué­rir quel­ques mots, piquer une brin­dille encore rou­geoyante du feu qui a animé ma jour­née.
J’ai bien sou­ris de ces astu­ces et de toute l’ami­ca­lite dont elles pou­vaient trans­pi­rer. On ne peut pas com­man­der, cer­tes, mais qu’il est bon de deman­der ! Et dire que j’allais oublier de vous remer­cier…
Je ne suis pas sage, non. Je n’ai pas appelé ma famille depuis des lus­tres. A bien me sou­ve­nir, c’était il y a des mois. Trois exac­te­ment, au Japon. Ils n’ont eu droit qu’a ces courts mes­sa­ges qui for­ment tout juste un fil de vie. Celui qui ras­sure par son exis­tence, mais laisse tant de ques­tion sur l’objet qui est en train d’être tissé.
Je ne suis pas sage, non. Ma grand mère me dirait que si je con­ti­nue, le pata­rou des­cendu de la mon­ta­gne vien­dra me cher­cher. Mais je l’aime bien moi ce père fouet­tard qui se cache dans les mon­ta­gnes ceve­no­les. Il m’a tou­jours fas­ciné et je suis sur qu’il n’est pas si ter­ri­ble que ça. Je l’ai tou­jours ima­giné comme un loup au poil téné­breux, au regard puis­sant et a la jus­tesse pro­fonde. Bien loin d’un démon, plu­tôt un sage. Peut être un reste de ma fas­ci­na­tion pour Moo­glie… (et une rai­son sup­plé­men­taire de voyage ?)
Je ne suis pas sage donc et pour­tant il ne se passe pas un jour ou je ne regrette pas de pou­voir vous don­ner des nou­vel­les, vous faire par­ta­ger mes aven­tu­res. Cer­tai­nes fois, ces bou­teilles lan­cées a la mer qui navi­guent dans ma tête et ne chu­tent jamais sur du papier me ren­dent malade. Ça me donne l’impres­sion de pas­ser a coté de quel­que chose, d’être han­di­cape. L’idée est la, le titre me vient, les phra­ses foi­son­nent et se dérou­lent sur un papier de sable. Il suf­fit d’un souf­fle pour venir tout effa­cer. Et le sable abra­sif de m’irri­ter. C’est frus­trant. Mais c’est aussi usant de par­ler a un sourd sans autre solu­tion que de per­sé­vé­rer. Voyez l’embou­teillage qui s’ins­talle dans ma matière grise. L’orage n’est pas loin, je ris­que fort de pren­dre l’eau. Un com­ble lors­que je me plains de bou­chons ! Ne pas vous écrire me donne plus que mau­vaise cons­cience, dépasse la flemme et l’égoïsme : cer­tains jours, j’ai l’impres­sion de faire fausse route. Lors­que je n’écris pas, j’ai l’impres­sion de ne pas m’écou­ter moi même. Ce n ‘est qu’un syn­drome et je m’inter­roge : le grand écart entre le l’idée de voyage qui trotte dans ma tête et celui que je fais tous les jours est-il encore tena­ble ? Ah ! l’uto­pie de la jeu­nesse ! Cer­tai­nes fois, je me demande même s’il n’y a pas un zeste de néga­tion struc­tu­relle, de rejet de ce bat­te­ment qui fait inva­ria­ble­ment s’enla­cer les dents du rouage du temps et avan­cer la vie. Je vou­drais que les mou­lins tour­nent a con­tre-sens juste pour défier la ratio­na­lité, juste parce que l’oppo­si­tion crée plus d’espace ? Le voyage pose la ques­tion de l’iden­tité et les répon­ses varient au fur et a mesure que les jours s’enchaî­nent. La ques­tion sem­ble aussi pren­dre un autre goût. De l’idée au con­cret, je com­mence a me poser la ques­tion de mes capa­ci­tés qui peut a peu se mue en une intros­pec­tion aux relents névro­ti­ques tant je trouve a redire, tant je res­sens une insa­tis­fac­tion saper ce songe. Ne pas écrire et le signe que j’ai cer­tai­ne­ment trop divergé. C’est ne pas pren­dre soin de soi, ne pas se res­pec­ter, ne plus se con­si­dé­rer tout a fait : et il me fau­drait com­mu­ni­quer !? Si je devais croire en dieu, je croi­rai en celui des mots. Peut-on, de l’inté­rieur, être hanté par sa pro­pre his­toire en étant le bour­reau et la vic­time ? Et puis reviens la légè­reté folle d’un pro­jet qui ne peut s’extraire entiè­re­ment d’un rêve. Même réa­lisé, mon voyage reste un fan­tasme. Il ne peut col­ler a la réa­lité parce que je le vis inté­rieu­re­ment et que les dis­tor­sions fan­tas­ti­ques qui nour­ris­sent mon usine a adré­na­line sont un ingré­dient sans lequel je ne peut comp­ter. Voila tout, la ques­tion est juste mal posée.
Je ne suis pas sage, mais j’y tra­vaille. La lon­gueur de ma barbe en témoi­gne.

mardi, juillet 7 2009

Deplumé pour voler quelques pensées ou comment recreer la schizophrénie

Du regard et de la perception : Vladivostok par les yeux de Jenya, rencontrée par hasard dans la rue pour mon premier matin au bout du bout de la Russie.

Dans le bus pour l’aéroport, tu m’as dis être curieux de ce que pouvait être la même période de ton voyage vue par une de tes rencontres. Tu m’as demandé ce que ces gens avec qui tu fais connaissance ressentent au moment de ce dire au revoir, ce que cette expérience pouvait changer dans leur vie. Toi, tu voyages, tu es dans l’extraordinaire. Tu y est préparé, tu le cherche. Eux, sont dans l’ordinaire, le quotidien. Tu les bouscule, tu fais irruption dans leur vie tel un ouragan et pars ensuite en toute hâte vers d’autres pays.
Nous ressentons, je pense, la même chose que toi et tous les autres gens, qui se séparent d’une personne devenue partie leurs vies, leurs sentiments, leurs pensées, leur esprit.

Il est une autre question de savoir pourquoi toi, tu es apparu dans leur vie …
Tu connais la vie – une chose très intéressante qui parfois fait des surprises au destin. Le destin n’est pas un ennemi, une fatalité, mais notre ami. Cela dépend de si nous savons entendre, écouter et reconnaître ses signes. Et après tout, il nous les donne en grande quantité. Tu étais le signe que le destin avait décidé de m’envoyer. Cette rencontre m’était nécessaire.
À cette époque-là j’étais tourmentée par une question et cela durait depuis assez longtemps… Globalement, l’année passée a été critique dans ma vie. Comme si quelqu’un ou quelque chose me dirigeait dans une autre voie, sans me permettre d’aller (vivre) comme je l’envisageais.

Parfois il me semble que le destin est déjà décidé, que nous vivons non parce que nous avons voulu ainsi ou décidé ainsi, mais parce que tout est déjà prévu et décidé pour nous par une force inconnue…
Les événements de cette année m’ont rappelé ma fantaisie d’enfant, mais ils m’ont aussi indiqué le chemin a suivre pour garder cette direction. En analysant les événements passés, j’arrive à la conclusion que tout est organisé de manière a ce que mon rêve se réalise. Je n’ai pourtant fais aucun effort pour que ce soit ainsi puisque je ne le trouvais pas nécessaire. À cette époque-là j’étais à la croisée des chemins.
Mais, par une journée ensoleillée je suis allée avec une amie acheter des billets pour le spectacle du collectif de danse «Каури» (À propos, ils utilisent la musique du compositeur français Rene Obri – la très bonne musique, tu aimeras) accompagné du batteur Marko Minnemanna. Ayant acheté les billets, nous avons décidé de casser la croûte dans la rue. Et soudain j’ai vu une personne avec un grand sac à dos sur les épaules.
D’habitude, je ne parle jamais aux étrangers en raison de ma connaissance de l’anglais, mais cette fois quelque chose m’a obligé à me mettre à lui parler. Je lui ai demandé : «Куда собрались?» («Où vas-tu avec un si gros sac ?»)…
Tout est allé vite, les éléments se sont mis à tourner … les événements de ces deux semaines couraient à une vitesse folle. Il fallait avoir le temps, avoir le temps de se rencontrer avec tous les amis et avoir le temps de faire connaissance, parler de ceci et de cela … tout ca s’est passé en un coup de vent, en un instant.
Cette rencontre m’était nécessaire. Dans ma vie il y a une régularité, un invariant … c’est l’aide qui m’est envoyée. Quand je me trouve dans une situation trop embrouillée, comme dans un labyrinthe, où je ne peux aucunement trouver la sortie, il y a une personne, une relation avec qui je trouve la réponse à la question qui me déchire depuis longtemps.
Une telle personne, la première a été Janas. Il est apparu dans ma vie et a disparu brusquement. Si brusquement qu’il m’a laissé les souvenirs vifs. Il est apparu au moment nécessaire, a un moment critique de ma vie. Et je lui suis reconnaissante de cela. La deuxième personne c’est Nico. Il m’a semble que ces jours-là nous étions inséparables, tellement nos énergies s’étaient entrelacées.
L’homme est une créature libre. Mais les gens eux-mêmes se coincent dans les cadres qu’ils ont créés eux-même. Dans la vie il y a peu de gens qui les savent casser. Et je suis très contente de connaitre l’un d’eux.
Tu m’as rappelé qu’il faut vivre avec les sentiments, les désirs, et non les obligations. Je commençais déjà à oublier… Tu me disais constamment que j’étais folle, que je me comportais comme un enfant. Mais c’était la liberté, la liberté véritable, parce que seulement les enfants sont libres à la vie – ils sont naturels et directs. De nos jours, les adultes trouvent «qu’être comme un enfant» est mauvais, que ce n’est pas souhaitable. Ils ont tort. Simplement ils craignent d’être heureux et c’est pour cela qu’ils cachent l’enfant qui est en eux au plus profond, de crainte que quelqu’un les vois … d’etre soudainement ridiculisé… de quelle honte seront-ils habilles ?
Ces jours-là j’étais heureuse, parce que j’étais comme un enfant.

Ce que j’ai ressenti quand on s’est dit au revoir ? Quelle impression les gens peuvent donner d’eux même a une autre ?… Ainsi il faut remplir le vide créé par le départ avec l’énergie de cette personne. Ce vide qui serait fait de bonheur, de joie, de haine, de bonté, d’offense, de tendresse, d’espoir, de chagrin, d’affection, d’euphorie, d’amour. La vie est un jeu, et parfois nous devons jouer selon ses règles.

Certainement trouveras-tu cette lettre très étrange. Peut-etre ne la lira-tu jamais. Mais si tu lis, je ne sais pas si tu comprendras, tant elle est empreint pas «d’Esprit Russe». Je ne sais pas quelle sera ta réponse et s’il l’y en aura une.

Le temps de notre rencontre passera et semblera être un rêve. Je m’étonnerai en regardant les photos de me poser la question «qui est cette personne avec les yeux lumineux et le sourire radieux qui est assis à côté de moi … ?»

lundi, juillet 6 2009

Morse-ure

Vladivostok, le 12 mai 2009

Aller bien n’est qu’une vaste plaisanterie. Non, il m’est impossible d’aller bien. J’ai résisté, résisté, … puis dégringolé jusqu’à m’oublier. Ou presque. Je n’ai pas vraiment réalisé ce qui se passait une fois sur le quai. Il me fallait partir, je suis parti. Ce n’était plus que des faits, un enchainement de secondes. Un court instant, les deux pieds sur la petite passerelle métallique de la porte du train, j’ai réalisé et me suis effondré. Et puis la vie a repris son cours parce qu’elle le devait. Mais petit a petit, insidieusement, la tristesse grandissait. Je me suis recroquevillé, je ne voulais plus vraiment parler. Mes compagnons de wagon m’ont cru timide, mais j’étais seulement perdu. Ou en train de me perdre… La provodnitsa a été plus que gentille, elle m’a chérie et grondé comme un enfant. Mes voisins, obèses, eux m’ont écrasés et étouffé. Je crois que j’aurais voulu crier, en faire des rondelles ou de la chair a pâté. J’ai passé la tête par la fenêtre cassée, a l’entrée du wagon. L’air frais me fouettait, j’accusais le vent de me faire pleurer. Mon inconscient déraillait alors que ma tête et mon corps se laissaient bercer par le rythme du train, envoutés.
Je suis arrivé a Kabarovsk, une très belle ville. Toute ondulée, jeune, vivante, sportive, vibrante. Joyeuse aussi, mais l’argent aide a faire le bonheur dit-on… Cette audacieuse est venue a moi pour me distraire de ce mal que j’avais déjà oublié. Hector, mon fidèle compagnon a bretelles, dans cette entreprise m’a certainement aidé, mais les gens la-bas ont pour sur des règles de société bien changées. L’eau de ce bain russe est bien différente. Je n’ai fais qu’errer dans la ville et les gens, avec mon gros sac a dos, sont venu me pêcher.
J’ai sauté dans mon 2eme train a la nuit tombée. Un wagon tout remplit d’étudiants : une rencontre a fêter… Trop de bêtises racontées et puis une discussion jusqu’au bout de la nuit avec Valéria, elle aussi, comme Lena, jeune prof. D’histoire de l’art, pas de français. A 4h du mat ma petite troupe m’abandonne. Je vais me coucher. Je me réveille le matin avec la force d’un sentiment colérique. De nouveau je ne veux plus parler. Je voudrais pouvoir crier et taper des pieds.
J’arrive nu et invisible a Vladivostok. Avec mes yeux, je l’imagine a feu et a sang. Un instant. Et puis je m’efforce de faire une brèche dans mon humeur, pour que la lumière puisse entrer. Je me sens un peu mieux, mais pas vraiment réchauffé. J’abandonne mon coeur et commande a ma tête de me guider : je serais joyeux et content, c’est décidé !
Ça ne dure qu’un temps parce que je suis tout chamboulé. Une nuit, de ce mensonge, vient tout effacer. Doucement, je glisse. De jour en jour… Mais c’est avec un filet de sécurité, tendu par mes rencontres, mes amis, dans cette ville que la mer vient affronter.
A Vladivostok, je me sens fébrile. Je n’ai plus envie de parler. Je suis toujours curieux, mais c’est une curiosité vide. Je ressent de la nostalgie, une certaine amertume. Je sens en moi des tensions intérieures qui m’empêchent d’être apaisé. Elles me tiraillent silencieusement. Moi qui suis gourmand, je n’ai plus d’appétit. Mon âme de voyageur voudrait s’accrocher a des rêves qui ne viennent pas. Mon espoir est voilé. Pourtant, je reste joyeux, j’ai de l’entrain pour faire le con. Entre ces deux humeurs, dans ce contraste, c’est souvent la musique qui fait tampon. Je crois bien ressentir de la mélancolie. C’est un peu comme le miel que l’on avale avec un gros mal de gorge. C’est lent et puissant. Visqueux et entièrement présent. Mais ca n’assomme pas, c’est legé. Voyons voir… comme si vous remettiez une partie du contrôle de vous même au grès du vent.
Ce n’est pas une douleur, c’est un autre état du conscient. Une altération des capteurs de sentiments. Le monde se distend et vous finissez par laisser porter votre esprit par des choses simples et douces. Les formes ondulées des gâteaux vous réjouissent.
Ce n’est pas de la tristesse, c’est une vision terne du monde. Comme si je ne parvenais plus a en capter la moindre onde positive, tout en les voyant défiler sous mes yeux. Impossible de faire pousser en moi cette plénitude. Je me sens vide de tout amour. Celui-la même qui me permet d’apprécier les cadeaux du présent. Je n’aime plus, je suis comme amputé. Il m’est même impossible d’être réceptif au bonheur des autres. Je ne suis qu’un miroir qui sans lumière ne brille pas. Le bonheur s’évapore avant de me toucher, mais c’est plus un rejet qu’une insensibilité, comme si mon moi profond ne trouvait plus d’énergie dans ce bonheur reçu et le rejetait, comme un simple déchet. C’est ainsi que la mélancolie me fait tomber dans la monotonie. Sans gout, sans variation, je trouve la vie bien morose. Tant de changement, tant incompréhension que je me sens oppressé. Une foudre s’abat sur moi. Je ne suis pas mort, non, c’est juste qu’elle me tient en tension, en lévitation. Mais d’où vient-elle ? Heureusement, les mots viennent a ma rescousse et je commence a comprendre que je me sens déraciné, arraché. Mais de quoi au juste ? Qu’est-ce qui est si fort pour autant me perturber ?

Depuis hier, avec un message de Lena et celui d’une ami qui m’a compris, je recommence a vivre, a m’autoriser. Je vais mieux, et c’est déjà une victoire ! En forme de mirage, ou pour l’éternité ?… Je suis fort, mais pas invincible, je le sais. De tristesse, moi aussi je peux chavirer. Mais pour l’instant, tel un insubmersible, dans la tempête je me suis retourné. Je n’ai pas contacté Sasha, le copain de Kostya (mon coloc d’Irkoutsk), j’avais besoin d’être libre pour tout ce mal évacuer.
La vie est dure, mais rien ne vaut la vie. Que ce soit avec son gout amer ou au chant des sirènes, la tête face au vent, j’avancerai.

Une fois la houle calmée, il sera temps de faire le point, le tri. Le futur est trop incertain pour se laisser emprisonner. Laisser passer un peu de temps et puis taper dans ce mur que l’on construit au jour le jour et qui nous sert a capitaliser des briques de vie, pour n’en garder que les bonnes briques et en reconstruire un, plus petit certes, mais plus solide. Laisser la vie se sédimenter. Suivre son intuition et apprendre du passé. Redécouvrir la magie des mots, leur pouvoir, leur envoutement et voir déjà leurs effets, comme des reflets dans son courrier. Prendre ce qu’il y a de bon, de bien et tracer son chemin. Le faire pour soi, pour un autre, partager. Ca me rend heureux, simplement heureux. Je vie pour ces moments la, c’est pourquoi je passe et je disparais…

dimanche, juillet 5 2009

Caprice, dispute ou toussotement ?

Ce n’est jamais le 21 mars, jamais exactement. Jamais pour de bon. Ce 16 avril, le printemps arrive. Il fait beau, la neige et la glace se sont retirées. Les gens sortent le soir. La ville s’anime d’une pulsation qui s’agite dans tous les sens le jour, que seule la nuit est capable de calmer, de débrouiller. Dedans comme dehors, on s’active. Des vieilleries et des produits de la consommation n’ayant pas résisté a l’hiver s’entassent devant les montées d’escalier. Le balai des camion rend a la terre son droit a respirer. Calmement, les feuilles mortes sont balayées et ensachées. Les balançoires et les tourniquets reprennent de l’activité. Les fenêtres des marchrutka s’ouvrent. Dans les rues, les balayeuses de toutes tailles ont finies leur hibernation pour que, pour le printemps encore, l’urbain ne s’efface pas sous les petits monticules de terre laissés par le vent et ne fige peu a peu la vie.
Et puis l’Histoire fait un sursaut, le ciel change d’avis. L’hiver, insidieux, reprend ses droits. Ce printemps impétueux n’était qu’une tempête. Annonciatrice. Un avertissement a l’hiver : Ton temps est passé, mon tour est venu. Je n’ai pas gagné cette fois, mais au détour d’un couché de soleil, je te vaincrai. Dans un dernier souffle, la tête baissée, tu ferra ton baluchon et passera ton chemin, résigné. Ce n’est qu’une question de temps.
Un printemps en Russie, c’est le 1er mars, soit disant…

samedi, juin 27 2009

Quand la réalité nécessite d'etre déformée pour etre contée sans mensonges

Après ces aventures qui m’ont un petit peu poussé dans mes retranchements, je prends le temps de faire le point, de réfléchir, le temps de l’introspection.
En feuilletant mon carnet, je me dis que ca calligraphie est un peu la marque des contraintes qui sont les miennes lorsque j’écris : large et gros lorsque je n’ai pas encore réalise la rareté de mon support ; écorché lorsque je le fais dans les transports, sur des routes plus ou moins accordées au rythme de ma plume ; de plus en plus serre lorsque je complète un blanc dans une page avec une idée qui se développe, développe … ; tout tordu ou avec des sursauts lorsque j’évite l’existant ; tout en contraste, en liés et déliés lorsque la bille de mon stylo s’enrage ; avec un peu plus de ratures lorsque je suis fatigué et, quelques fois, des astérisques qui prolifèrent a foison…
Je suis vraiment très attaché a mon carnet parce qu’il est une partie de moi, de ce voyage qui me fait. Je préfèrerais perdre ou me faire voler mon passeport, pour sur ! Que ferrai-je sans mon confident ? Ce fidèle compagnon toujours a l’écoute et qui des fois me répond en faisant émerger une idée dans ma petite tête. Écrire n’est pas pour moi un simple récit des faits, c’est un moment de complicité avec mon projet. Et lorsque l’inspiration vient, c’est un moment décisif. C’est comme développer une photo : il s’agit de révéler, de mettre en mouvement, de faire vibrer. Ça ne marche pas toujours, mais le jeu en vaut la chandelle. Comment peut-on couper une fleur sans en reveler son parfum !?
Le voyage c’est aussi celui des idées, des sentiments, des humeurs. L’écriture du voyage, comme le mouvement et l’attitude de voyage requiert la patience, ce moment ou le temps continue a défiler alors que la trotteuse de l’horloge est arrêtée. Mon carnet me sert moins a graver mes aventures dans l’histoire qu’a vivre la part cachée du voyage, de la vie, invisible au présent. Écrire c’est créer et recréer pour révéler le fantastique dans l’ordinaire. Raconter n’est pas suffisant, pas satisfaisant. Il faut défaire la réalité pour pouvoir la conter et que s’immisce en elle des poussières d’insouscience, que le temps et la raison se mettent a flotter. Il ne s’agit pas de mentir ou d’enjoliver car dans des faits défaits, des faux doivent faire défaut. C’est une question d’œil, de point de vue qui permet de redonner ses dimensions au temps et son gout a l’atmosphère. Sa distorsion a l’objectivité.

jeudi, juin 11 2009

De la peur du voyage solitaire

Souvent on me demande si je n’ai pas peur de voyager seul, si ce n’est pas trop dur, si ce n’est pas trop risqué. Non, tout va bien ! Et même mieux, je me sens bien plus présent à moi même et disponible pour les autres dans ce mode de voyage solitaire. La seule chose qui me fait vraiment peur dans la vie, c’est de ne pas la vivre pleinement.
La mort de mon cousin a été ma plus grande leçon de vie. Certainement la plus belle. Le plus grand encouragement à la vie que l’on ne m’ait jamais donné jusqu’à aujourd’hui. Une éclosion, une révélation, et peut-être même une deuxième naissance. Je ne peux avoir peur d’elle tant elle apporte si on arrive a bien la regarder. Comme une bouffée de chaleur qui parcours toutes les veines de votre corps à une vitesse fulgurante, jusqu’à la plus infime et que vous sentez se propager. Je trouve beaucoup d’energie dans ce moment, qui, loin d’être une extinction, est une présence au monde la plus complète que je connaisse, la plus universelle, la plus immuable, peut-être le saint Graal. Que ce soit pour mon cousin ou pour mon grand-père, je la reçois comme un hymne à la vie, comme le présent le plus précieux que l’on puisse me faire. Une braise éternellement chaude que l’on me confie, dont je dois prendre soin et que je dois utiliser pour insufler la prochaine flamme. Pour être, il faut frictionner, entre-choquer ces bois rougeoyants et rebutants car c’est de l’étincelle que nait la lumière et la vie.
La mort est apaisante mais pas de tout repos. Elle consiste à sublimer la vie et produit un ether qu’il faut savoir capter. Certainement ce que cherche a faire Grenouille dans ce livre, Le Parfum, que je n’ai jamais lu. C’est avec la mort dans le coeur que l’on rayonne à la vie.

mercredi, juin 10 2009

Le voyage, un reve d'enfant, une altération du conscient

Souvent Lena se moque de ma crédulité, mais moi, dans ce voyage galactique, en bon rêveur, en être qui tends à se rendre présent et disponible aux éléments, je crois que tout est possible. Dans ma quête, j’attends qu’un corbeau vienne me parler, que le trottoir devienne pareil à de la guimauve sous mes pas, que le tramway fasse un looping dans une saute d’humeur, que les montagnes éprises de voyage ou fâchées de leur situation se mettent à marcher… Tout est possible et la plus folle des extravangences est pour moi un sourire à la vie. D’ailleurs, j’attends en lutant contre le vent que la licorne-mobile hebdomadaire dédaigne apparaitre et, que de sa crinière dans le vent elle me fouette le cou et m’amène de lampadaire en lampadaire, de lueur de sodium en lueur de sodium, dans les entrailles de la case Ailleurs.

Du pouvoir de l'ecriture

Ecrire mon carnet me prends beaucoup de temps. Toutes les humeurs ne sont pas propices à l’écriture. C’est une bataille entre mon esprit qui divague et mon stylo qui doit dire des mots, justes. Seul le temps autorise ces coquinneries a ralentir un petit peu pour laisser une trace palpable sur le papier, bien que la musique soit mon principal support. C’est lorsqu’elle me pénètre que ces mots qui jouent à l’ombre commencent à basculer dans la lumière. Elle m’échauffe, me tanscende et, dans une ascenssion folle de sons accordés à mon humeur, brise la coquille de la partie la plus lucide de mon esprit, et, dans un éclat d’une élouissante douceur libère cette atmosphère, cet état d’esprit, substance cotonneuse, légère, teintant la réalité comme une brume fine et succrée par un jour de bruine (certainement de la poussière de perlinpinpin), pour que les émotions glissent sur la cornée de mes yeux, telles des gouttes sur les vitres d’une véranda. Je ressents alors une éternité, une plénitude de jouvance. Je ne sais plus tout à fait si je suis a moi même tant le temps est sporadique, mais je suis tout à l’opposé d’être absent. Je suis évéillé dans cet état de transe qui anésthésie le petit André Descartes qui sommeille en moi. Je suis comme un vaisseau de scilicone : au contact, sans tout à fait l’être, du monde réel. J’avance dans cette bulle, du bout des doigts décroche une goutte de la vitre et dépouille l’arc-en-ciel de ses couleurs pour peindre cette joie et ce bonheur.
C’est comme ça que s’exprime chez moi ce qu’on a l’habitude de décrire en un mot : l’inspiration. Mais toutes ces merveilles sont précédées par quelques tourments, lançinants, pour un aprè-midi ou une journée souvent, comme pour être en équilibre.

mardi, juin 9 2009

Retour dans le monde de l'argent et de l'eau thermale : tic-tac, tic-tac, tique-paf

Le demi-tour d’hier m’a fait raccourcir mon escapade d’un jour, celui que j’aurais du passer en haut d’un sommet… Me voila donc pour mon dernier jour de marche solitaire. Enfin, de moins en moins…
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lundi, juin 8 2009

Quand la douleur s'installe et que le mode secours est enclanche, le soleil brille toujours

Deuxieme course contre le soleil, dans le lit d’une riviere avant de planter le camp apres 12h de marche : heureux !
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dimanche, juin 7 2009

Chemin par bribes pour une partie de cache-cache

Course contre le soleil, premiere du nom pour ce deuxieme jour d’autonomie complete.
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samedi, juin 6 2009

Au milieu des geants, la chance ne se convoque pas

Parti pour l’expedition…
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vendredi, juin 5 2009

De Nicolas a Nicolas, transmettre le gout du voyage, plutot que celui du tourisme

Quand des voyageurs se rencontrent.
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jeudi, juin 4 2009

De la Lune a la jungle urbaine

Je viens de publier le billet Vous Ser-ge ? du 15/05/2009 qui ne l’avait pas ete suite a une erreur technique de ma part… Voici le lien

Les voix commencent a s’elever. Je les entends de plus en plus distinctement. Nico, tu as trop de retard sur ton blog, saute donc des etapes et raconte nous ta vie actuelle, au Japon. Mais je suis une tete de mule… Ou plutot, il y a vraiment des moments que je voudrais partager avec vous. Alors changement de strategie et bien venue au coeur de mon carnet de voyage… En esperant que vos arriviez a decripter ;-) Voici tout de meme quelques qbreviations que j’utilise regulierement : ms pour mais, c/ pour contre, un c surmonte d’un trait pour comme et c? pour comment. Alle, pour le reste, a vous de deviner…
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vendredi, mai 29 2009

Un bain de tradition entre shamanisme et cinema

Nouvelle tentative de visite d’un shaman pour ce dimanche 22 mars 2009. Coup de fil de Marjo : finalement, on part aujourd’hui, samedi 21. Branle bas le combat, rdv est donne a 17h45 a la gare routiere. Je fais mon sac d’expe en me disant que c’est la bonne occaz de dormir dehors. A peine la porte de l’appart passe, Marjo m’appelle pour me dire que les autres ne viennent pas : vaille que vaille, on decide d’y aller quand meme, tous les deux, vu que tout est organise ! On a chacun 5 places dans le marchrutka qui devient en moins de 100 m un bar roulant. Et vas-y qu’on papote : 3h30.
On arrive chez Valentin, le shaman, a 21h30. Son village, Elantsy, est sur la cote est du Baikal, presque au milieu puisque a 1h du petit Baikal (golfe entre la terre et l’ile d’Olkhon). Maujolaine est ma traductrice attitree. L’apero dans le marchrutka comptait bien pour 2 repas : on est invites a prendre le troisieme… La soupe maison est vraiment tres goutue. Les gouts et les textures se succedent sur le palais. Seulement, voila, il faut la digerer ! Une nuit entiere de gargouillements intensifs pourraient vous faire croirent que nos intestins ont fait du body-building !
La sortie avec Valentin pour aller acheter du pain lui sert moins a me sonder qu’ a nous mettre face a nos difficultes de communication. Retour a la maison bredouille… Maison qui mele archaisme, tradition et modernite : vaiselle a la basine, toilettes au fond du jardin, telephone, telephone portable,… C’est un peu du grand-ecart, comme si vous metiez du charbon dans votre telephone portable pour le recharger ;-). Mais tout ca ne perturbe en rien notre representant spirituel qui, 30 minutes apres notre arrivee a chausse un jogging en remplacement de l’habit traditionnel bourriate.
On file tous dormir dans une autre barraque (etait-ce son cabinet ?) a un peu plus de minuit avec un reveil programme a 7h. Pas d’eau courante, c’est pas de douche. Pas de douche, c’est un reveil programme border line : 6h45. Mais Valentin en decide autrement : 6h15, c’est beaucoup mieux ! ;-) Au petit dej’, l’equipage s’agrandi de la femme de Valentin (une femme au coeur grand comme CA !) et d’une equipe de TV du ministere de la culture bouriate qui suit Valentin et doit faire un film sur le potentiel de developpement touristique de la region. Ca y est, on est parti ! Enfin presque, puisque le chauffeur me pique mes pompes par etourderie et puis trouve le moyen de se faire conytroler par la police alors que sa soiree a ete bien arrosee. 100 dollars plus tard et un tour en tshirt dehors pour ma pomme, les 4 roues du marchrutka sont sur la glace du Baikal. Un panneau stop, pose en plein milieu de nullepart a 100 m de la rive nous fait bien rire jusqu’a ce qu’on nous dise que c’est parce que la glace n’est pas assez epaisse par endroit. Rien qu’hier, 3 voitures sont passees a la baille. Avec Marjo et les autres, on mise tout sur Valentin. Mais moins pour ses pouvoirs magique que pour ses 20 ans d’experience.
La discussion de la soiree precedente nous fait penser que nous allons a une fete annuelle de rassemblement de shamans pour feter la fin de l’hiver. Mais non, c’est un concours de peche sur glace… L’aprem n’en est pas moins bonne. On se deplacera 3 par 3 pour se soutenir quand un de nous a les pieds qui valsent, ce qui arrive tous les 30 m ! Les nevets formes par le vent sont du pain beni.
Comme je sens bien qu’on va prendre un the un de ces 4 puisque les russes boivent des litres et des litres de the, je file aux toilettes. Elles sont un peu a l’ecart, seules sur la glace. Un petit cube de bois perdu dasn cette imensite. On pourrait croire a uen porte secrete, magique… Pour une fois que je trouve des toilettes jolies, j’en profite, je les prends en photo. Ca fait bien rire le gars a cote de moi qui me tape sur l’epaule en me disant ” Tu sais que ce sotn des toilettes !?. On rigole bien avec les quelques mots de russe que je connais… Je le retrouve 5 min plus tard avec marjo et le chef du protocole (personalite importante de la region d’Irkoutsk). Comme presenti, on boit un the ensemble. Enfin, il tente de l’echanger contre de la vodka en nous avouant qu’il n’est que 15h et qu’il est rond comme un ballon.
De retour chez Valentin, j’ai droit a ma sceance shamanique. J’en fais la demande sans etre sur que ce sois bien correct, mais il faut bien tenter. Il me fait serrer le poing et lit dans ma main, sur l’exterieur. Puis il me fait mettre la main en plateau et la regarde en rase-motte. Les mots qu’il utilise sont assez flou pour englober differentes situations et sont amplement empleints de tradition : marriage, chef, famille, commerce, … Ce qu’il me dit sur moi est vrai, mais pour plus de la moitie, je me dis que je lui ai donne nombre d’indices… Je ne saias trop que penser de la valeur, de la signification des ses propos. Un bon francais et objectif et cartesien… Ce n’est pas aujourd’hui que je balancerai plus du cote de la science ou de la croyance. J’ai par contre bien envie de confronter ses dires avec ceux d’un autre shaman… pour lever un peu plus le voile sur ce mystere.
Tout au long de la journee la discussion sur le shamanisme a ete interessante. Valentin nous raconte un conte bouriate puis nous chante une petite chanson. Petite photo de famille avant le depart : Valentin met sa main droite dans son dos pour cacher son double pouce. Tous les shamans ont quelque chose en double nous a-t-on dit. Mais dans son geste, je ne sais pas si je dois y voir de la pudeur ou de la superstition.
Le lendemain, je raconte tout ca a Lena alors qu’elle me parle de son week-end chez ses parents, le tout en se baladant sur l’Angara gelee. Elle commence a savoir que j’ai toujours chaud et fait mine de me piquer ma veste. Je lui explique qu’il ne faut jamais faire les choses a moitie et cours torse nu…
Allez savoir si c’est pour ca, mais on decide d’aller au cinema, en russe, sans sous-titres. La programmation n’est pas terrible (Lena la consulte en faisant de requettes sur son mobile. Ah! que ferraient les russes sans leur portables…) alors on se rabat sur Monstres. En achetant les billets, je constate qu’ici, meme au cinema, on est places. Pendant le sceance, heureusement que Lena me fait souvent la traduction parce que je fais un bon tas de contre-sens avec les quelques mots que j’attrape au vol. L’experience me fait bien marrer, bien que je ne pourrai vous raconter que l’histoire que j’ai vu, pas celle que j’ai entendu…

mercredi, mai 27 2009

Jouer la montre

On ne part pas vadrouiller en pleine nature tout seul comme ca. Oh non monsieur ! Alors Lena me donne un coup de main pour aller acheter du materiel complementaire. Et cette aide n’est pas superflue ! Malheureusement pour rentrer chez moi, la demoiselle n’est pas avec moi et il commence a se faire tard. Je saute dans le marchrutka 16. Zut, il ne prend pas le pont-barrage ! Mon chez moi s’eloigne… Et puis comme a son habitude, le marchrutka change d’itineraire. Je finis par me retrouver 20 min plus tard a mon point de depart. Pas de chance au tirage, je passe au grattage. Marchrutka 45 pour la deuxieme tentative. Pas mieux ! Ah, si je pouvais avoir une carte du reseau a l’arret, ce serait bien utile… Le peu d’anglais que parlent mes voisins fait se suivre les quiproquos. Il est temps de sortir la carte taxi…
Rdv avec Masha, Katya et une de leur copine : interdiction d’arriver en retard ! J’arrive a l’heure, le premier ! (acclamations du public). Une fille arrive en me regardant avec un sourire radieu, dans un rayon de soleil. Dignie d’un film… Mais j’ai rdv et je dois etre ponctuel alors pas question de jouer avec l’imprevu. Quel dommage… Katya arrive et me presente la fille en question, Irina. Le hasard fait parfois bien les choses… Masha est par contre grave a la bourre : je l’accuse de devenir de plus en plus francaise… Les cours de russe que Lena m’a donne dans l’apres midi au cafe sont dore et deja utiles : je comprends les grands titres du menu. Alle, bientot Nico, tu pourras manger tout seul, comme un grand garcon :-p.
Coup de fil de Lena, on ne s’est pas encore assez vu aujourd’hui… Sur un coup de tete, je file la rejoindre chez elle avec l’interdiction formelle d’y dormir. Il est 22h. 6h15, reveil. A cette heure la, je suis encore largement dans le pate et il est dur de parler la langue des yeux, mais Lena ne prononce pas un seul mot sonore. Je pars avant que les colocs ne se reveillent, ca fait meilleur genre ! Je saute dans un trolleybus, le premier pourvu d’ annonces sonores indiquant le nom des arrets… C’est mon cadeau du matin.
2 heures de dodo et c’est reparti pour animer un evenement des journees de la francophonie. Avec Marjo, la directrice de l’Alliance Francaise, on prepare des jeux ou l’on case des blagues, mais en direct, ca a moins d’effets. Les participants se la jouent a la russe, c’est a dire peu communiquant au premier abord. Je rame ! Pendant 3h30… 13h30 : je saute dans un marchrutka. 13h57 en montant les escalier de l’ecole privee , je fixe avec Tanya (ma colocs pour les 2 du fond) le sujet de mon cours. 14h : je parle anglais devant une vaintaine de jeunes de 13 ans. Ils sont tout intimides et tentent de me faire croire qu’ils aiment tous la guitare, marcher et les jeux video… Moi, je m’eclate comme un petit fou : leur expliquer mes aventures, me decarcasser pour leur expliquer en anglais seulement quand ils ne comprennent pas. Tout ca met en branle mon ingeniosite. Je leur donne mon email et on se quitte. Tanya m’apprend ensuite que les enfants pensaient que je parlais courament russe puisque j’ai ecris d’une traite Автостоп au tableau pour leur traduire hitch-hiking. Ca me donne le sentiment d’etre adopte par le pays : quoi de plus cher pour un voyageur !?

mercredi, mai 20 2009

SMS life, vie essaimée

A Irkoutsk, j’achète une carte SIM et reprend cette vie moderne ou l’on blablate par le biais d’une prothèse, ce prolongement du moi dans les ondes…

Mots crus pour qui lit* cru. Des messages a lire en creux, avec quelques accros… a-ddictés, sans plume ni crayon.
*Pour les grenoblois l’y

Nico, sois sage !… Lena

15-03-2009 20h29 De Lena

Et si tu viens chez moi demain? Tu viens qd tu veux. Ca te va?

16-03-2009 20h30 De Lena

Si tu veux, tu peux venir vers 11:30 demain, si j’ai qqch d’urgent a faire, ce ne prendra pas beaucoup de temps, juste le temps que tu seras en retard ;-)

16-03-2009 20h49 A Lena

Ok, com ca, ca te laissera le temps de dormir sur ton burO… :-/ Ces profs payé a ri1 foutre

16-03-2009 20h54 De Lena

Encore des gros mots, Nicolas ! ;-(

16-03-2009 21h06 A Lena

Ca fé plézir ke tu voi tou lé éfor ke je fé pr amélioré ton fr… (don ta gramR é ton ortograf) :-p

16-03-2009 21h40 De Lena

;-) et le lexik! Je vais t’apprendre à mon tour des gros mots russes.

17-03-2009 11h32 A Lena

Je suis en train 2 tenT mon record 2 retard, vu ke maintenan tu T faite a mon 1/4h habituL :-p! Chui la ds 20 min, si le chauffeur retrouve la pédale d’accélérateur…

18-03-2009 11h32 A Marjolaine

Ok pa 2 soucis ki pose de pb ;-), on voit ca ce soir! Traduisez, mangez, dormez, pour un BonR PARFAIT! ;-) Attention ce sms comporte un agent de motivation et de courage extremement puissant… A utiliser à vos risques et périls :-p

18-03-2009 15h32 A Lena

Coucou ma pitchounette, ta journée é T L osi radieuse ke le soleil? je fé D course, ms G bi1 envie de te voir, dis moi si T dispo… Bisous

19-03-2009 09h43 A Lena

Je pense venir t’empecher de travailler, fer le débile dans les couloirs, te fer D chatouilles et t’app madame le professeur* d’ici 1h : dis moi si ca te va? (ca peut etre bien plus tard si t’as besoin) :-*

“*Elle m’a repris quelques jours auparavant madame LA professeur. J’avais fais une de ces gaffe…”

19-03-2009 20h50 De Lena

Je voudrais bien t’apelé Nico, ms vu ke tu es ac les filles,je n’ose pas ;-) Je te passe un bisou :-*

21-03-2009 13h09 A Lena

Ah ben je ne sais pas prkoi, ms la nuit derniR G U bcp moins cho ke la précédente… Mon boulot a été dur, ms C bi1 paC. Contente 2 retrouV ta maman qui fé D confitures délicieuses? Pr ma surprise, tu pe me redire T soirs 2 libre 2 la semN prochN. Pl1 D bisous!

23-03-2009 09h33 A Lena

Ah! Ben enfin… ;-) :-p si tu me donne ton h d’arriV, je dois mm pouvoir venir te chercher a la gare… et te fer le + gros bisous du monde, au milieu de la place, juste pour etre bien sage ;-). Sinon, je te le ferrai ds la soirée… (devant T colocs?)

23-03-2009 09h50 De Lena

Ah non! Pas devant mes colocs! Si je continue com ca, elles trouveront une autre plus sage… On pourrait se voir ds la ville…

23-03-2009 09h55 A Lena

Ok, je préviens la tv alors! A qL h? Si t’as besoin de bosser, moi aussi, ms on pourrait le fer ensembl, que je poz ma main sur ton genou tt lé 3 min*…

“*Je me fais gronder régulièrement pour ca. Satane cote tactile ;-)”

23-03-2009 14h47 A Lena

Bien sur ke je bosse! Ne crois pas ke tu va arriV a m’éviter ;-)! On se voit tous les jours de la vie, tant ke le coeur nous en dit…

23-03-2009 22h04 De Lena

Tu me fais savoir si tu arrives chez toi sans histoires douratchok* :-)

“*Andouille. Il faut dire que je l’appelle régulièrement mon andouille… Le suffixe tchok ou tchka au féminin adoucit le sens, c’est un peu notre ette

23-03-2009 22h07 A Masha

I’ve prayed all the day long the sky, the 4 elements, trees, birds, rainbows, the moon … and Shrek for your success in today exam : did it work ? On wednesday I plan to be with you…

23-03-2009 22h18 De Masha

Shrek and his donkey helped us :-) So great! We have the same plan! We will have a party at Kate’s flat.

24-03-2009 11h54 De Lena

Coucou, ca va ? Tu bosses ? Je peux venir chez toi pour te déranger ?

“Il faut bien que je garde des preuves…”

24-03-2009 23h07 A Lena

Alors, le siege t’as devorée, le chauffeur a tenté 2 t’assassiner, ou de t’ouvrir T colocs ont refusées? Tu C, il y a tjs mon canaP…

24-03-2009 23h46 De Lena

Je prefere passer la nuit dehors ou ds le bus ac un chauffeur maniac* ;-) Faut ke tu trouv une autr copine ds ce cas…

“*Les russes emploient maniaque pour dire obsédé

25-03-2009 00h21 A Lena

J’SpR kil y a D soldes en ce moment… Pcq ma dourtchka m’aV couT cher! J’en choisirai 1 ki ne me vol pas mon chocola, ki na pa pl1 2 regles bidon, ms ki soit osi malicieuse ke toi! ;-) Si tu dors dehors, tu ve ma polaire?* ;-) (la prochN foi, je te ligotte et creve lé pneus du bus) Profite bi1 de notre lit :-p

“*Question d’une récurrente récurrence, la demoiselle ayant toujours froid…”

26-03-2009 00h08 De Lena

Tu ne m’as pas fait de bisous en partant…

26-03-2009 00h23 A Lena

Tu C bi1 kil ne fo pa kil se passe qqch entre 1 garcon é 1 fille pdt la nuit…

26-03-2009 00h26 De Lena

Et si j’ai envie ? …d’avoir un tt petit bisous…

26-03-2009 00h31 A Lena

Tu C bi1 kon a pa ce kon demande… Et pui je ne fé pa 2 bisous par téléphone…

26-03-2009 00h36 De Lena

Nico, j’aimerais bien d’avoir ton bisous réel… Merci de la soirée.

26-03-2009 00h54 A Lena

Pa ce soir… Si je saute ds 1 taxi pr te le fer, T “colocs” ne vont pas apprécier*… Il te fo dormir pr tenir debout 2m1. GT vraim1 conten ke tu viN ce soir, ma douratchka!

“*Je ne peut jamais aller chez Lena. Mon pied passé la porte pourrait déranger ses colocs. Et elle, elle pourrait prendre un coup de pied au derrière. Enfin, c’est ce qu’elle suppose…”

26-03-2009 10h04 A Lena

G retrouvé le soulier d’une très jolie fille que j’ai rencontré IR soir et ki é parti un peu trop vite a mon gout… Je voudrais la retrouver et qu’elle me fasse encor D baisers…

26-03-2009 10h12 De Lena

Vous devez vous mettre en 4 pr la retrouver et avoir ce ke vous voulez.

26-03-2009 10h20 A Lena

Heureusement ke je sui 1 hom averti, com ca j’en vaut déjà 2! Et pui bon j’m bi1 l’origami… 11h ca te va? On fé D courses pui on pe regarD 1 film fr ;-) par ex

26-03-2009 01h52 De Marjolaine

Hello! Je pense que tu dors mais nous, on bosse pour toi et on t’a récupéré un joli souvenir! Sur ce, bonne nuit!

26-03-2009 14h33 A Katya

Yes I’ve seen that this morning. Do you have it with you or can we meet tomorrow, Mermade?

26-03-2009 14h39 De Katya

Ostin I think tomorrow will be better. Write and I will try to meet you :-)

26-03-2009 23h24 De Lena

Les fleurs sont tres jolies :-) Merci Nico.

26-03-2009 23h58 A Lena

C pcq L poussent O soleil kel réchauffent le coeur. C pcq L st parfumées kel peuvent t’enivrer. C pcq leur coeur te sens ke C 1 peu le mien…

26-03-2009 11h26 De Marjolaine

Non, ca peut attendre! Bon voyage officiel/cieux!*

*L’officiel c’est a Olkhon, ou la traversée sur le lac gelé commence a être dangereux, l’officieux a Oulan-Oudé. Lena ne le sais pas encore…

27-03-2009 14h43 A Marjolaine

Finalement, on va mourir ds 1 bus… on en a tt le 2 envie. Tu peux me filer le num et le nom du village 2 Valentin* stp, on va pe etre y fer étape ;-)

*Shaman

27-03-2009 14h46 De Marjolaine

Valentin 8-914-… village de Elantsy. Appelle le avant de débarquer !

27-03-2009 14h53 A Marjolaine

Oh ben il devrait bien pouvoir lire ds qqch kon arrive… :-p au pire, je lui donnerai 1 cou 2 main* : :-p

*Valentin lit ds les mains…

30-03-2009 22h39 A Lena

Ok, ms interdiction 2 me toucher alors*.. :-p Ca ne m’arrange pas av 14h (mm si C possibl). Pr le reste (=sinon), dis moi, je m’adapte ;-)

“*Se souvenir que je n’ai même pas le droit de poser une main sur son épaule, son genoux, …”

30-03-2009 23h02 A Lena

Vendu ! On pianote 2m1 sur nos bidules sans fil pr organiser 7 instant 2 bonEr… Douce nuit, rêves sucrés

01-04-2009 15h54 A Katya Blond

Hi! How are you ? My feet wish to bring me out of Irkutsk for a few days. I should be back on wed next week, so lets meet after this short trip, except if you’re in the G20 with Obama ;-)

01-04-2009 15h57 De Katya Blond

Hi, ok, it will be fine. Where are your feet now taking to go ? :-) and what is G20 ? :-)

01-04-2009 16h02 A Katya Blond

My shoes are going to Arshan, but my feet… ? G20 is a big meeting with 20 most influent countries in the world : they can decide things for all the earth, and maybe the moon ;-)

01-04-2009 17h14 De Katya Blond

Ha-ha, I see :-) hope you’ll like Arshan, you should visit waterfalls there, have fun and I hope to heard from you soon! ;-)

07-04-2009 00h08 De Lena

Je sui ds le taxi moskvitch ac 2 hommes turkmens ou tadjik*… Si je dors chez moi cette nuit, je suis bien chanceuse ;-) Bisous mon chéri

*Ces hommes sont réputés pour leur sang chaud en Russie

07-04-2009 01h12 A Lena

Soit chanceuse alors, C 1 ordre! ;-) Bonne nuit ma chérie…

07-04-2009 13h24 A Lena

Je te retrouve a l’univ vers 3h, com ca, on pourra aller chercher ton cousin ensembl… Ca fé lgts ke je suis pa allé a l’école :-p

07-04-2009 15h34 A Lena

Je prends juste le marchrutka, dsl, fo ke je m’entraine pr fer la lessive* plu vit… ;-)

“*A la main…”

10-04-2009 11h44 De Katya Blond

Hi Nicolas! How are you doing ? Have you come back from Arshan ?

10-04-2009 12h23 A Katya Blond

Yuhu! Yes, after some fresh bath for my feet, I’ve now them on the city ground. However I don’t know where is my head ? ;-) Maybe I’ll abandonn the rest of my body to anything you’ll propose, at any time, any place, just for the fun ;-)

10-04-2009 12h28 De Katya Blond

Ok, how about going to a night club tomorrow or the day after tomorow ? ;-)

10-04-2009 12h40 A Katya Blond

Only 1 ? :-p pfff. Ok! it will be a new challenge for my feet ;-). I’ll stay tuned with you to know witch night will be the more vibrant for ours bodies ;-)

10-04-2009 12h51 De Katya Blond

Ha-ha :-| you’re funny : yeah, usually we go to 1 night club, so I’ll tell you time and place soon, ok ?

10-04-2009 13h00 A Katya Blond

Ok! In the waiting I’ll try to get some freedom from my slave status with my feet ;-)

10-04-2009 13h15 De Katya Blond

How long are you gonna stay in ours city ?

10-04-2009 13h40 A Katya Blond

I don’t know exactly, 2 weeks or a little bit more. But once a morning my shoes will perfectly fet to my feet, and my bag will be as light as clouds that I’ll have to leave. Let’s have a coffe, share an afternoon, visit the city, discover the moon, speak about your dark side or anything that make sens to you. No rules, everything spontaneous, unbelievables wishes. Everyday life. True life.

11-04-2009 16h51 A Lena

Samedi, le jour D chérie! Sa-me-dis kon se retrouve en 7 fin d’apm. Si je m’écoute, j’accours car G 1 faim de loup. Ms je ne voudrais pas te fer louP la fin de ton cours. ;-) Sa-te-dis ? :-p

14-04-2009 21h54 A Tanya

I won’t sleep at home tonight ;-). Have a good night* :-)

“*C’est que réveiller les colocs a 2h du mat quand je rentre parce qu’il ont mis la sécu, ca le fait moyen…”

14-04-2009 21h58 De Tanya

Ok. :-) тебе тоже спокойной нотчи! :-) can you read it ?

14-04-2009 23h01 A Tanya

I can even feel it ;-). See you tomorrow 8-)

16-04-2009 08h37 De Lena

Je profite… Je fais le menage. C’est “Jeudi propre” avant Paques… On se voit apres midi si tu ve ;-)

16-04-2009 10h25 A Lena

Oh non, j’en ai marre de te voir… ]-) :-/ ;-) :-p Je ne C pas encore qd, je ve écrire encore 1 peu. Ta cours de kL eur a kel Er finalement ?

16-04-2009 09h37 De Lena

Ok, tu me previens alors quand tu pars. Le jour de ton depart je t’enverrai un message pr te dire au revoir. Je suis gentille :-)

17-04-2009 17h18 A Lena

J’écris, j’écris… Ms je ferrai bi1 autre ch ce soir ;-). Et toi ma chérie, comment se passe ton marathon ? Il se termine tard ?

17-04-2009 17h59 De Lena

Je suis contente que tu ais bien remplis ton temps;-) Moi, je pense que jamais mon marathon ne finira…

17-04-2009 18h09 A Lena

Ma pauvre B-)! Je V fer 1 peu de cuisine, com ca t’Ora qqch a te métr ss la dent O stand 2 ravitaillement ;-), pr tenir jusK la fin de la course 8-). A - ke tu prefeR ke je viN te soV av ? :-p

17-04-2009 17h16 De Lena

Comme ton coeur te dit…

17-04-2009 18h23 A Lena

Il me dit de fer 1 petit truc pdt 1 bonne heure et 2 te rejoindr… La ou tu sera ;-)

17-04-2009 17h31 De Lena

On se voit sur la lune alors, dans ton bonne-heure*? :-*

“*La, je suis jaloux de ce jeu de mot ! ; Vu que j’ai toujours une heure de retard…”

20-04-2009 14h29 A Lena

Ouai! Je suis en train 2 cuisiner. J’en ai bi1 pr 1h30…

21-04-2009 21h49 De Lena

Toi fais des reves avec des belles filles japonaises ;-)))) Bisous sur ton nez :-*

21-04-2009 21h56 De Lena

Non, en fait, je change d’avis. Tu auras D reves ke ac Lena et peut etre aussi un éléphant rose :-*

21-04-2009 22h59 A Lena

Japonnais l’éléphant rose ? :-p

22-04-2009 22h45 A Lena

D bisous tout doux pcq je suis fou. D reves tout sucré pcq ca me plai. D calins 1 peu cokin juste pr attendre 2m1…

22-04-2009 22h51 De Lena

Nico, t’es vraiment fou… Je viens de me coucher et je pensais a toi en t’imaginant ds mes bras… Merci mon chéri, dors bien… Je t’embrasse fort :-*

23-04-2009 08h34 A Lena

Coucou ma chérie! Tu viens qd ce matin (horaire russe, pas FR* :-p)? Tu pourrai m’apporter 1 boite de thon, stp. ;-) Bisous

“*retard compris donc…”

23-04-2009 08h38 De Lena

Coucou Nico, je serai chez toi ds 40min envir. Meme plutot :-) Bisous…

23-04-2009 09h43 A Lena

Tu veux ke je viN te chercher a l’arret, ma douratchka ?

23-04-2009 10h08 De Lena

J’ai pris le 10, si tu veux pas que je me trompe de direction… viens me chercher :-)

23-04-2009 10h20 A Lena

Je t’attends a l’arret. Incroyable, je suis largement en avance… ;-)

23-04-2009 10h26 De Lena

Ho-ho, c’est moi ki sui en retard… J’arrive :-*

23-04-2009 12h54 A Tanya

Hi Tanya! Did you dream about linux* :-p ? Please, remember my 15-20 min phone card ;-). See you very late to night B-)

“*J’ai installe Linux sur les ordi de mes colocs, en leur expliquant que sous Linux, il n’y avait pas de virus…”

23-04-2009 13h00 A Tanya

There are many kinds of cards. For exemple, сивирь телеком. Also, you have to ask a shop assistant. Linux is mine ! ;-)

23-04-2009 17h27 De +790866…

Hi Nicolas! This is Kate. What are you doing?

23-04-2009 17h46 A +790866…

I’m buying a phone card to call in fr and go to university bus stop. Ours meeting is planned at 18 : don’t say me I’m wrong… :-z

23-04-2009 17h47 De +790866…

meeting with whom ?

23-04-2009 17h50 A +790866…

With you… Are you playing with me ? ;-)

23-04-2009 17h52 De +790866…

No, I’m not. But we didn’t plan to meet today, I was just going to offer it!*

*La, je n’y crois pas, je sais que Katya est tres joueuse…

23-04-2009 17h55 A +790866…

So, I’ll be in university bus stop in 5 min ;-)

23-04-2009 17h57 De +790866…

It’s great, but I’m at home now and I think I’ll be at the center in 45 min. How about going to the embankment ?

23-04-2009 18h12* A +790866…

Hum, I’ve understood, there is a ‘KATE’ missunderstood, sorry. I’ll be busy now. Lets meet later ;-)

*Le temps de retrouver les filles et de s’expliquer…

23-04-2009 18h14 De +790866…

ok, let me know when you’re not busy :-)

26-04-2009 00h41 De Lena

Vous avez volé mon bisou, vous devez etre puni!*

“*Mon quota est soit-disant épuise”…

26-04-2009 00h46 A Lena

Moi, G rien fé! Vous m’en avez juste donné 1 de plus : celui qui débordait de votre coeur ? ;-)

27-04-2009 00h34 A Lena

Je ne trouve pa 2 petit bonhomme ki serre fort ds lé bras ;-), alors a défaut : :-*:-*:-*:-*:-*:-*:-*:-*:-*:-*:-*:-*:-*:-*:-*:-*

27-04-2009 14h15 A Tanya

Tanya, could you buy a big new internet card to update your antivirus ? ;-)

27-04-2009 14h20 De Tanya

I have another card because kostya’s modem doesn’t work on my computer

27-04-2009 14h20 A Tanya

Now it does ;-)

27-04-2009 14h22 De Tanya

Do you mean that it works on my computer ?

27-04-2009 14h24 A Tanya

Yes with a new OS…

27-04-2009 14h24 De Tanya

Ok. I will buy a card :-)

27-04-2009 14h13 De Lena

Ok. Dans 1 heure a la gare. Les retards ne sont pas pardonnés :-p

27-04-2009 23h40 De Lena

Merci d’avoir appelé, Nico… A demain, mon chéri… Dors bien :-*

27-04-2009 23h47 A Lena*

Ca m’a fait bcp bcp bcp 2 bi1 ma chérie! Ke ta nuit soit si douce ke tu es l’impression 2 dormir sur un nuage… :-*

*Apres s’etre mis d’accord sur la suite/fin de notre relation. J’ai besoin de temps et d’éloignement pour mieux comprendre ce que je ressent. Et puis je veux continuer mon voyage, c’est important pour moi… Partir n’est pas simple.

28-04-2009 21h22 De Lena assistante culturelle All

Salut! demain si tu as le tems entre midi et 1h pour passer au bureau pour prendre du cafe/the/vodka/cognac ce serait cool :-)

30-04-2009 06h03 De Tanya

We so like to sleep! :-( we will see at the station!

30-04-2009 06h05 A Tanya

Don’t worry, stay in bed! ;-) see you

30-04-2009 06h59 De Tanya

We spent so funny and happy time! I hope we will do it again next year, don’t we? ;-) Good luck and have a nice travalling ! :-)

30-04-2009 06h30 De Lena

Nico, sache bien choisir ton chemin, sois heureux. Tu restes dans mon coeur, je te garde… Je t’embrasse fort…

30-04-2009 07h47 A Lena

Lena, merci ma douratchka ;-). Je reste dc 1 peu en russie, avec toi :-). Soit forte, présente a toi mm, libre et profit 2 la vie. L te le rendra… Pleins 2 souvenirs, pleins 2 moments forts, pleins 2 bisous, plein 2 tendresse. Tout plein.

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