Visa Vie

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mardi, juillet 7 2009

Deplumé pour voler quelques pensées ou comment recreer la schizophrénie

Du regard et de la perception : Vladivostok par les yeux de Jenya, rencontrée par hasard dans la rue pour mon premier matin au bout du bout de la Russie.

Dans le bus pour l’aéroport, tu m’as dis être curieux de ce que pouvait être la même période de ton voyage vue par une de tes rencontres. Tu m’as demandé ce que ces gens avec qui tu fais connaissance ressentent au moment de ce dire au revoir, ce que cette expérience pouvait changer dans leur vie. Toi, tu voyages, tu es dans l’extraordinaire. Tu y est préparé, tu le cherche. Eux, sont dans l’ordinaire, le quotidien. Tu les bouscule, tu fais irruption dans leur vie tel un ouragan et pars ensuite en toute hâte vers d’autres pays.
Nous ressentons, je pense, la même chose que toi et tous les autres gens, qui se séparent d’une personne devenue partie leurs vies, leurs sentiments, leurs pensées, leur esprit.

Il est une autre question de savoir pourquoi toi, tu es apparu dans leur vie …
Tu connais la vie – une chose très intéressante qui parfois fait des surprises au destin. Le destin n’est pas un ennemi, une fatalité, mais notre ami. Cela dépend de si nous savons entendre, écouter et reconnaître ses signes. Et après tout, il nous les donne en grande quantité. Tu étais le signe que le destin avait décidé de m’envoyer. Cette rencontre m’était nécessaire.
À cette époque-là j’étais tourmentée par une question et cela durait depuis assez longtemps… Globalement, l’année passée a été critique dans ma vie. Comme si quelqu’un ou quelque chose me dirigeait dans une autre voie, sans me permettre d’aller (vivre) comme je l’envisageais.

Parfois il me semble que le destin est déjà décidé, que nous vivons non parce que nous avons voulu ainsi ou décidé ainsi, mais parce que tout est déjà prévu et décidé pour nous par une force inconnue…
Les événements de cette année m’ont rappelé ma fantaisie d’enfant, mais ils m’ont aussi indiqué le chemin a suivre pour garder cette direction. En analysant les événements passés, j’arrive à la conclusion que tout est organisé de manière a ce que mon rêve se réalise. Je n’ai pourtant fais aucun effort pour que ce soit ainsi puisque je ne le trouvais pas nécessaire. À cette époque-là j’étais à la croisée des chemins.
Mais, par une journée ensoleillée je suis allée avec une amie acheter des billets pour le spectacle du collectif de danse «Каури» (À propos, ils utilisent la musique du compositeur français Rene Obri – la très bonne musique, tu aimeras) accompagné du batteur Marko Minnemanna. Ayant acheté les billets, nous avons décidé de casser la croûte dans la rue. Et soudain j’ai vu une personne avec un grand sac à dos sur les épaules.
D’habitude, je ne parle jamais aux étrangers en raison de ma connaissance de l’anglais, mais cette fois quelque chose m’a obligé à me mettre à lui parler. Je lui ai demandé : «Куда собрались?» («Où vas-tu avec un si gros sac ?»)…
Tout est allé vite, les éléments se sont mis à tourner … les événements de ces deux semaines couraient à une vitesse folle. Il fallait avoir le temps, avoir le temps de se rencontrer avec tous les amis et avoir le temps de faire connaissance, parler de ceci et de cela … tout ca s’est passé en un coup de vent, en un instant.
Cette rencontre m’était nécessaire. Dans ma vie il y a une régularité, un invariant … c’est l’aide qui m’est envoyée. Quand je me trouve dans une situation trop embrouillée, comme dans un labyrinthe, où je ne peux aucunement trouver la sortie, il y a une personne, une relation avec qui je trouve la réponse à la question qui me déchire depuis longtemps.
Une telle personne, la première a été Janas. Il est apparu dans ma vie et a disparu brusquement. Si brusquement qu’il m’a laissé les souvenirs vifs. Il est apparu au moment nécessaire, a un moment critique de ma vie. Et je lui suis reconnaissante de cela. La deuxième personne c’est Nico. Il m’a semble que ces jours-là nous étions inséparables, tellement nos énergies s’étaient entrelacées.
L’homme est une créature libre. Mais les gens eux-mêmes se coincent dans les cadres qu’ils ont créés eux-même. Dans la vie il y a peu de gens qui les savent casser. Et je suis très contente de connaitre l’un d’eux.
Tu m’as rappelé qu’il faut vivre avec les sentiments, les désirs, et non les obligations. Je commençais déjà à oublier… Tu me disais constamment que j’étais folle, que je me comportais comme un enfant. Mais c’était la liberté, la liberté véritable, parce que seulement les enfants sont libres à la vie – ils sont naturels et directs. De nos jours, les adultes trouvent «qu’être comme un enfant» est mauvais, que ce n’est pas souhaitable. Ils ont tort. Simplement ils craignent d’être heureux et c’est pour cela qu’ils cachent l’enfant qui est en eux au plus profond, de crainte que quelqu’un les vois … d’etre soudainement ridiculisé… de quelle honte seront-ils habilles ?
Ces jours-là j’étais heureuse, parce que j’étais comme un enfant.

Ce que j’ai ressenti quand on s’est dit au revoir ? Quelle impression les gens peuvent donner d’eux même a une autre ?… Ainsi il faut remplir le vide créé par le départ avec l’énergie de cette personne. Ce vide qui serait fait de bonheur, de joie, de haine, de bonté, d’offense, de tendresse, d’espoir, de chagrin, d’affection, d’euphorie, d’amour. La vie est un jeu, et parfois nous devons jouer selon ses règles.

Certainement trouveras-tu cette lettre très étrange. Peut-etre ne la lira-tu jamais. Mais si tu lis, je ne sais pas si tu comprendras, tant elle est empreint pas «d’Esprit Russe». Je ne sais pas quelle sera ta réponse et s’il l’y en aura une.

Le temps de notre rencontre passera et semblera être un rêve. Je m’étonnerai en regardant les photos de me poser la question «qui est cette personne avec les yeux lumineux et le sourire radieux qui est assis à côté de moi … ?»

lundi, juillet 6 2009

Morse-ure

Vladivostok, le 12 mai 2009

Aller bien n’est qu’une vaste plaisanterie. Non, il m’est impossible d’aller bien. J’ai résisté, résisté, … puis dégringolé jusqu’à m’oublier. Ou presque. Je n’ai pas vraiment réalisé ce qui se passait une fois sur le quai. Il me fallait partir, je suis parti. Ce n’était plus que des faits, un enchainement de secondes. Un court instant, les deux pieds sur la petite passerelle métallique de la porte du train, j’ai réalisé et me suis effondré. Et puis la vie a repris son cours parce qu’elle le devait. Mais petit a petit, insidieusement, la tristesse grandissait. Je me suis recroquevillé, je ne voulais plus vraiment parler. Mes compagnons de wagon m’ont cru timide, mais j’étais seulement perdu. Ou en train de me perdre… La provodnitsa a été plus que gentille, elle m’a chérie et grondé comme un enfant. Mes voisins, obèses, eux m’ont écrasés et étouffé. Je crois que j’aurais voulu crier, en faire des rondelles ou de la chair a pâté. J’ai passé la tête par la fenêtre cassée, a l’entrée du wagon. L’air frais me fouettait, j’accusais le vent de me faire pleurer. Mon inconscient déraillait alors que ma tête et mon corps se laissaient bercer par le rythme du train, envoutés.
Je suis arrivé a Kabarovsk, une très belle ville. Toute ondulée, jeune, vivante, sportive, vibrante. Joyeuse aussi, mais l’argent aide a faire le bonheur dit-on… Cette audacieuse est venue a moi pour me distraire de ce mal que j’avais déjà oublié. Hector, mon fidèle compagnon a bretelles, dans cette entreprise m’a certainement aidé, mais les gens la-bas ont pour sur des règles de société bien changées. L’eau de ce bain russe est bien différente. Je n’ai fais qu’errer dans la ville et les gens, avec mon gros sac a dos, sont venu me pêcher.
J’ai sauté dans mon 2eme train a la nuit tombée. Un wagon tout remplit d’étudiants : une rencontre a fêter… Trop de bêtises racontées et puis une discussion jusqu’au bout de la nuit avec Valéria, elle aussi, comme Lena, jeune prof. D’histoire de l’art, pas de français. A 4h du mat ma petite troupe m’abandonne. Je vais me coucher. Je me réveille le matin avec la force d’un sentiment colérique. De nouveau je ne veux plus parler. Je voudrais pouvoir crier et taper des pieds.
J’arrive nu et invisible a Vladivostok. Avec mes yeux, je l’imagine a feu et a sang. Un instant. Et puis je m’efforce de faire une brèche dans mon humeur, pour que la lumière puisse entrer. Je me sens un peu mieux, mais pas vraiment réchauffé. J’abandonne mon coeur et commande a ma tête de me guider : je serais joyeux et content, c’est décidé !
Ça ne dure qu’un temps parce que je suis tout chamboulé. Une nuit, de ce mensonge, vient tout effacer. Doucement, je glisse. De jour en jour… Mais c’est avec un filet de sécurité, tendu par mes rencontres, mes amis, dans cette ville que la mer vient affronter.
A Vladivostok, je me sens fébrile. Je n’ai plus envie de parler. Je suis toujours curieux, mais c’est une curiosité vide. Je ressent de la nostalgie, une certaine amertume. Je sens en moi des tensions intérieures qui m’empêchent d’être apaisé. Elles me tiraillent silencieusement. Moi qui suis gourmand, je n’ai plus d’appétit. Mon âme de voyageur voudrait s’accrocher a des rêves qui ne viennent pas. Mon espoir est voilé. Pourtant, je reste joyeux, j’ai de l’entrain pour faire le con. Entre ces deux humeurs, dans ce contraste, c’est souvent la musique qui fait tampon. Je crois bien ressentir de la mélancolie. C’est un peu comme le miel que l’on avale avec un gros mal de gorge. C’est lent et puissant. Visqueux et entièrement présent. Mais ca n’assomme pas, c’est legé. Voyons voir… comme si vous remettiez une partie du contrôle de vous même au grès du vent.
Ce n’est pas une douleur, c’est un autre état du conscient. Une altération des capteurs de sentiments. Le monde se distend et vous finissez par laisser porter votre esprit par des choses simples et douces. Les formes ondulées des gâteaux vous réjouissent.
Ce n’est pas de la tristesse, c’est une vision terne du monde. Comme si je ne parvenais plus a en capter la moindre onde positive, tout en les voyant défiler sous mes yeux. Impossible de faire pousser en moi cette plénitude. Je me sens vide de tout amour. Celui-la même qui me permet d’apprécier les cadeaux du présent. Je n’aime plus, je suis comme amputé. Il m’est même impossible d’être réceptif au bonheur des autres. Je ne suis qu’un miroir qui sans lumière ne brille pas. Le bonheur s’évapore avant de me toucher, mais c’est plus un rejet qu’une insensibilité, comme si mon moi profond ne trouvait plus d’énergie dans ce bonheur reçu et le rejetait, comme un simple déchet. C’est ainsi que la mélancolie me fait tomber dans la monotonie. Sans gout, sans variation, je trouve la vie bien morose. Tant de changement, tant incompréhension que je me sens oppressé. Une foudre s’abat sur moi. Je ne suis pas mort, non, c’est juste qu’elle me tient en tension, en lévitation. Mais d’où vient-elle ? Heureusement, les mots viennent a ma rescousse et je commence a comprendre que je me sens déraciné, arraché. Mais de quoi au juste ? Qu’est-ce qui est si fort pour autant me perturber ?

Depuis hier, avec un message de Lena et celui d’une ami qui m’a compris, je recommence a vivre, a m’autoriser. Je vais mieux, et c’est déjà une victoire ! En forme de mirage, ou pour l’éternité ?… Je suis fort, mais pas invincible, je le sais. De tristesse, moi aussi je peux chavirer. Mais pour l’instant, tel un insubmersible, dans la tempête je me suis retourné. Je n’ai pas contacté Sasha, le copain de Kostya (mon coloc d’Irkoutsk), j’avais besoin d’être libre pour tout ce mal évacuer.
La vie est dure, mais rien ne vaut la vie. Que ce soit avec son gout amer ou au chant des sirènes, la tête face au vent, j’avancerai.

Une fois la houle calmée, il sera temps de faire le point, le tri. Le futur est trop incertain pour se laisser emprisonner. Laisser passer un peu de temps et puis taper dans ce mur que l’on construit au jour le jour et qui nous sert a capitaliser des briques de vie, pour n’en garder que les bonnes briques et en reconstruire un, plus petit certes, mais plus solide. Laisser la vie se sédimenter. Suivre son intuition et apprendre du passé. Redécouvrir la magie des mots, leur pouvoir, leur envoutement et voir déjà leurs effets, comme des reflets dans son courrier. Prendre ce qu’il y a de bon, de bien et tracer son chemin. Le faire pour soi, pour un autre, partager. Ca me rend heureux, simplement heureux. Je vie pour ces moments la, c’est pourquoi je passe et je disparais…

vendredi, juin 5 2009

De Nicolas a Nicolas, transmettre le gout du voyage, plutot que celui du tourisme

Quand des voyageurs se rencontrent.
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jeudi, juin 4 2009

De la Lune a la jungle urbaine

Je viens de publier le billet Vous Ser-ge ? du 15/05/2009 qui ne l’avait pas ete suite a une erreur technique de ma part… Voici le lien

Les voix commencent a s’elever. Je les entends de plus en plus distinctement. Nico, tu as trop de retard sur ton blog, saute donc des etapes et raconte nous ta vie actuelle, au Japon. Mais je suis une tete de mule… Ou plutot, il y a vraiment des moments que je voudrais partager avec vous. Alors changement de strategie et bien venue au coeur de mon carnet de voyage… En esperant que vos arriviez a decripter ;-) Voici tout de meme quelques qbreviations que j’utilise regulierement : ms pour mais, c/ pour contre, un c surmonte d’un trait pour comme et c? pour comment. Alle, pour le reste, a vous de deviner…
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vendredi, mai 29 2009

Un bain de tradition entre shamanisme et cinema

Nouvelle tentative de visite d’un shaman pour ce dimanche 22 mars 2009. Coup de fil de Marjo : finalement, on part aujourd’hui, samedi 21. Branle bas le combat, rdv est donne a 17h45 a la gare routiere. Je fais mon sac d’expe en me disant que c’est la bonne occaz de dormir dehors. A peine la porte de l’appart passe, Marjo m’appelle pour me dire que les autres ne viennent pas : vaille que vaille, on decide d’y aller quand meme, tous les deux, vu que tout est organise ! On a chacun 5 places dans le marchrutka qui devient en moins de 100 m un bar roulant. Et vas-y qu’on papote : 3h30.
On arrive chez Valentin, le shaman, a 21h30. Son village, Elantsy, est sur la cote est du Baikal, presque au milieu puisque a 1h du petit Baikal (golfe entre la terre et l’ile d’Olkhon). Maujolaine est ma traductrice attitree. L’apero dans le marchrutka comptait bien pour 2 repas : on est invites a prendre le troisieme… La soupe maison est vraiment tres goutue. Les gouts et les textures se succedent sur le palais. Seulement, voila, il faut la digerer ! Une nuit entiere de gargouillements intensifs pourraient vous faire croirent que nos intestins ont fait du body-building !
La sortie avec Valentin pour aller acheter du pain lui sert moins a me sonder qu’ a nous mettre face a nos difficultes de communication. Retour a la maison bredouille… Maison qui mele archaisme, tradition et modernite : vaiselle a la basine, toilettes au fond du jardin, telephone, telephone portable,… C’est un peu du grand-ecart, comme si vous metiez du charbon dans votre telephone portable pour le recharger ;-). Mais tout ca ne perturbe en rien notre representant spirituel qui, 30 minutes apres notre arrivee a chausse un jogging en remplacement de l’habit traditionnel bourriate.
On file tous dormir dans une autre barraque (etait-ce son cabinet ?) a un peu plus de minuit avec un reveil programme a 7h. Pas d’eau courante, c’est pas de douche. Pas de douche, c’est un reveil programme border line : 6h45. Mais Valentin en decide autrement : 6h15, c’est beaucoup mieux ! ;-) Au petit dej’, l’equipage s’agrandi de la femme de Valentin (une femme au coeur grand comme CA !) et d’une equipe de TV du ministere de la culture bouriate qui suit Valentin et doit faire un film sur le potentiel de developpement touristique de la region. Ca y est, on est parti ! Enfin presque, puisque le chauffeur me pique mes pompes par etourderie et puis trouve le moyen de se faire conytroler par la police alors que sa soiree a ete bien arrosee. 100 dollars plus tard et un tour en tshirt dehors pour ma pomme, les 4 roues du marchrutka sont sur la glace du Baikal. Un panneau stop, pose en plein milieu de nullepart a 100 m de la rive nous fait bien rire jusqu’a ce qu’on nous dise que c’est parce que la glace n’est pas assez epaisse par endroit. Rien qu’hier, 3 voitures sont passees a la baille. Avec Marjo et les autres, on mise tout sur Valentin. Mais moins pour ses pouvoirs magique que pour ses 20 ans d’experience.
La discussion de la soiree precedente nous fait penser que nous allons a une fete annuelle de rassemblement de shamans pour feter la fin de l’hiver. Mais non, c’est un concours de peche sur glace… L’aprem n’en est pas moins bonne. On se deplacera 3 par 3 pour se soutenir quand un de nous a les pieds qui valsent, ce qui arrive tous les 30 m ! Les nevets formes par le vent sont du pain beni.
Comme je sens bien qu’on va prendre un the un de ces 4 puisque les russes boivent des litres et des litres de the, je file aux toilettes. Elles sont un peu a l’ecart, seules sur la glace. Un petit cube de bois perdu dasn cette imensite. On pourrait croire a uen porte secrete, magique… Pour une fois que je trouve des toilettes jolies, j’en profite, je les prends en photo. Ca fait bien rire le gars a cote de moi qui me tape sur l’epaule en me disant ” Tu sais que ce sotn des toilettes !?. On rigole bien avec les quelques mots de russe que je connais… Je le retrouve 5 min plus tard avec marjo et le chef du protocole (personalite importante de la region d’Irkoutsk). Comme presenti, on boit un the ensemble. Enfin, il tente de l’echanger contre de la vodka en nous avouant qu’il n’est que 15h et qu’il est rond comme un ballon.
De retour chez Valentin, j’ai droit a ma sceance shamanique. J’en fais la demande sans etre sur que ce sois bien correct, mais il faut bien tenter. Il me fait serrer le poing et lit dans ma main, sur l’exterieur. Puis il me fait mettre la main en plateau et la regarde en rase-motte. Les mots qu’il utilise sont assez flou pour englober differentes situations et sont amplement empleints de tradition : marriage, chef, famille, commerce, … Ce qu’il me dit sur moi est vrai, mais pour plus de la moitie, je me dis que je lui ai donne nombre d’indices… Je ne saias trop que penser de la valeur, de la signification des ses propos. Un bon francais et objectif et cartesien… Ce n’est pas aujourd’hui que je balancerai plus du cote de la science ou de la croyance. J’ai par contre bien envie de confronter ses dires avec ceux d’un autre shaman… pour lever un peu plus le voile sur ce mystere.
Tout au long de la journee la discussion sur le shamanisme a ete interessante. Valentin nous raconte un conte bouriate puis nous chante une petite chanson. Petite photo de famille avant le depart : Valentin met sa main droite dans son dos pour cacher son double pouce. Tous les shamans ont quelque chose en double nous a-t-on dit. Mais dans son geste, je ne sais pas si je dois y voir de la pudeur ou de la superstition.
Le lendemain, je raconte tout ca a Lena alors qu’elle me parle de son week-end chez ses parents, le tout en se baladant sur l’Angara gelee. Elle commence a savoir que j’ai toujours chaud et fait mine de me piquer ma veste. Je lui explique qu’il ne faut jamais faire les choses a moitie et cours torse nu…
Allez savoir si c’est pour ca, mais on decide d’aller au cinema, en russe, sans sous-titres. La programmation n’est pas terrible (Lena la consulte en faisant de requettes sur son mobile. Ah! que ferraient les russes sans leur portables…) alors on se rabat sur Monstres. En achetant les billets, je constate qu’ici, meme au cinema, on est places. Pendant le sceance, heureusement que Lena me fait souvent la traduction parce que je fais un bon tas de contre-sens avec les quelques mots que j’attrape au vol. L’experience me fait bien marrer, bien que je ne pourrai vous raconter que l’histoire que j’ai vu, pas celle que j’ai entendu…

mercredi, mai 27 2009

Jouer la montre

On ne part pas vadrouiller en pleine nature tout seul comme ca. Oh non monsieur ! Alors Lena me donne un coup de main pour aller acheter du materiel complementaire. Et cette aide n’est pas superflue ! Malheureusement pour rentrer chez moi, la demoiselle n’est pas avec moi et il commence a se faire tard. Je saute dans le marchrutka 16. Zut, il ne prend pas le pont-barrage ! Mon chez moi s’eloigne… Et puis comme a son habitude, le marchrutka change d’itineraire. Je finis par me retrouver 20 min plus tard a mon point de depart. Pas de chance au tirage, je passe au grattage. Marchrutka 45 pour la deuxieme tentative. Pas mieux ! Ah, si je pouvais avoir une carte du reseau a l’arret, ce serait bien utile… Le peu d’anglais que parlent mes voisins fait se suivre les quiproquos. Il est temps de sortir la carte taxi…
Rdv avec Masha, Katya et une de leur copine : interdiction d’arriver en retard ! J’arrive a l’heure, le premier ! (acclamations du public). Une fille arrive en me regardant avec un sourire radieu, dans un rayon de soleil. Dignie d’un film… Mais j’ai rdv et je dois etre ponctuel alors pas question de jouer avec l’imprevu. Quel dommage… Katya arrive et me presente la fille en question, Irina. Le hasard fait parfois bien les choses… Masha est par contre grave a la bourre : je l’accuse de devenir de plus en plus francaise… Les cours de russe que Lena m’a donne dans l’apres midi au cafe sont dore et deja utiles : je comprends les grands titres du menu. Alle, bientot Nico, tu pourras manger tout seul, comme un grand garcon :-p.
Coup de fil de Lena, on ne s’est pas encore assez vu aujourd’hui… Sur un coup de tete, je file la rejoindre chez elle avec l’interdiction formelle d’y dormir. Il est 22h. 6h15, reveil. A cette heure la, je suis encore largement dans le pate et il est dur de parler la langue des yeux, mais Lena ne prononce pas un seul mot sonore. Je pars avant que les colocs ne se reveillent, ca fait meilleur genre ! Je saute dans un trolleybus, le premier pourvu d’ annonces sonores indiquant le nom des arrets… C’est mon cadeau du matin.
2 heures de dodo et c’est reparti pour animer un evenement des journees de la francophonie. Avec Marjo, la directrice de l’Alliance Francaise, on prepare des jeux ou l’on case des blagues, mais en direct, ca a moins d’effets. Les participants se la jouent a la russe, c’est a dire peu communiquant au premier abord. Je rame ! Pendant 3h30… 13h30 : je saute dans un marchrutka. 13h57 en montant les escalier de l’ecole privee , je fixe avec Tanya (ma colocs pour les 2 du fond) le sujet de mon cours. 14h : je parle anglais devant une vaintaine de jeunes de 13 ans. Ils sont tout intimides et tentent de me faire croire qu’ils aiment tous la guitare, marcher et les jeux video… Moi, je m’eclate comme un petit fou : leur expliquer mes aventures, me decarcasser pour leur expliquer en anglais seulement quand ils ne comprennent pas. Tout ca met en branle mon ingeniosite. Je leur donne mon email et on se quitte. Tanya m’apprend ensuite que les enfants pensaient que je parlais courament russe puisque j’ai ecris d’une traite Автостоп au tableau pour leur traduire hitch-hiking. Ca me donne le sentiment d’etre adopte par le pays : quoi de plus cher pour un voyageur !?

lundi, mai 18 2009

A 66km du Baikal, se jeter a l'eau

Voila, il est temps de rattraper le retard, de vous raconter ma vie de voyageur. Vous êtes tout juste arrives a Irkoutsk, alors que moi, 2 mois plus tard, j’en suis déjà parti. Je suis presque au Japon… Comment ne pas oublier tout les petits détails de la vie pour vous raconter les anecdotes ? J’ai mes notes dans mon carnet et ma joie de voyageur qui me rend bien plus présent a la vie : ca aide la mémoire.
Qu’il est dur de résumer 2 mois de vie, il y a tant a dire … et a ne pas révéler ! Pour une fois, passons les anecdotes : il y a eu 2 évènements majeurs dans ma vie. Une vieille plaie a été soignée et a cicatrisée. Je le sens. Je me vois regarder en arrière et voir la page tournée. L’arc en ciel est de nouveau coloré dans mes yeux. C’est un présent inestimable. Merci. Et puis, il y a eu ma petite virée en solitaire et en autonomie pendant 4 jours dans les Saillants. La aussi, j’ai appris et réappris beaucoup de choses sur moi. Il ne restera plus qu’a savoir ce que le temps ferra de ces changements majeurs. Lui qui comme moi, trotte…

Me voila donc a Irkoutsk. Lena, ma correspondante russe francophone m’attend a la gare. Je ne la connais que très peu finalement. Et la dernière photo que j’ai eu d’elle date de 2 ans, il va falloir que je la reconnaisse… Et puis je reconnais ce sourire… Tanya chez qui je vais être logé est la aussi. Je parle anglais, pour que Tanya comprenne, mais Lena me répond toujours en français. Je met un peu de temps a comprendre que Lena écris mais parle très peu l’anglais. Je parle donc français, ce qui me fait bizarre : je ne reconnais plus ma langue maternelle, je la trouve étrangère a moi même. Déjà !? Des lors, c’est un jeu de traduction et de mélange de langues qui commence…
Arrivé a l’appart, la première chose dont j’ai envie, c’est de me laver. Je file sous la douche, me savonne et puis … plus d’eau ! La blague… J’attends 5 min, mais toujours pas d’eau. J’appelle Tanya, mais elle dort : impossible donc de savoir ce qu’il se passe. Je prends donc mon termos et ma gourde, puise de l’eau a la cuisine et fait dans la salle de bain comme en camping nature. Ça promet pour la suite me dis-je… Au moins, la routine pourra toujours aller frapper a une autre porte !
Le soir, il est temps d’aller fêter l’anni de Lena. C’est d’ailleurs pour ca que j’ai tenu a arriver le 9 mars et pas après… Mais une fois sur place, je ressens un décalage culturel. J’ai l’impression de faire les choses de travers. J’ai du mal a voir et a savoir ce que pensent mes interlocutrices. Je fais quelques blagues, mais le langage familier n’est pas bien vu. Je ravale ma salive et décide de me taire, d’observer. Lena semble pourtant contente de la boite de chocolat que je lui offre. Elle me fait même une blague en me faisant lire “blédina” sur l’étiquette d’un pot de bébé. Je ne le sais pas encore, mais je viens de dire une belle insulte ! Je manque de repères. C’est trop diffèrent, c’est usant. Impossible de faire le pitre, ma défense. Je suis bien mal a l’aise… En 2 heures, une petite bouffe assis autour de la table de la cuisine, la fête d’anniversaire est pliée. Je trouve ca bien bizarre et me demande si ca se passe toujours comme ca. Toutes ces contraintes dans mon voyage pour être complètement paumé, pour seulement 2 heures ?…Pourtant, je ne regrette pas.
Après cet épisode, je ne veux pas vraiment reprendre contact avec Lena, je ne veux pas l’importuner. Mais elle, elle attend mon coup de fil pour en savoir plus sur ma motivation a donner des cours. Tant d’incompréhension… En attendant, je passe du temps avec mes nouveaux colocs Tanya, Kostya et Victor que je vois se changer de la tête aux pieds des la porte d’entrée passée. Surprenant. Surprenant aussi que les garçons ne cuisinent pas. Je trouve ca un peu matcho…
Je ne retrouve Lena que 3 jours après mon arrivée. C’est a dire la dernière limite pour faire mon enregistrement auprès des autorités russes… J’ai le temps de l’observer, de papoter et de faire l’andouille parce que pour s’enregistrer en Russie il faut 5 heures au bureau d’immigration, 4 bureaux de poste, 1 détour par l’université, 6 formulaires et un nombre incalculables de fou-rires… Avec Lena, je ne sens plus ce malaise de l’autre soir. Au point que je suis taquin et que je l’embête en ne retenant qu’a moitié mon coté tactile. En des sourires, elle se fâche. Elle est très marrante, elle a un petit air coquin. Elle est a la fois timide et très sure d’elle, avec un fort caractère. Tout est dans le contraste entre l’apparence et la force des actions, des décisions… Il y a de la ténacité, de la fierté et de la profondeur chez cette fille. Si l’administration russe savait que le défit de sa paperasse pouvait rapprocher autant 2 êtres humains, je crois qu’elle nous demanderait de revenir chaque jour…
Je tente ensuite de comprendre un peu plus la ville. Ça commence par l’expérience de ces bus qui ne s’arrentent que lorsqu’ils ont de la place. Et puis, il y a les marchrutka, ces taxis collectifs, qui changent d’itinéraire en un mot. Un seul mot. Celui qui vous fait louper votre arrêt… Ne pensez même pas l’apprendre, il change a chaque fois ! Et puis si jamais vous finissiez par vous en sortir, sachez que l’on peut les prendre tant que les chauffeurs n’ont pas envie de rentrer chez eux. Alors, imaginez-moi, moi qui suis perdu dans cette culture russe, en train de sonder les humeurs pour savoir si je vais pouvoir rentrer chez moi…
Coté boulot, je suis plutôt chanceux, parce qu’après notre discussion dans le bus, Tanya me laisse tout juste le temps de passer la porte de l’appart avant de me proposer de venir donner des cours d’anglais, dans son institut. La demoiselle est prof d’anglais… Avec Lena, je file a l’Alliance Française pour voir si je peux y donner des cours. J’y rencontre Marjolaine qui me propose de présenter dès le lendemain un concours de chant avec Katya, une russe qui parle encore mieux français que moi… RDV est aussi prit aussi avec le directeur du département d’architecture de l’université technique. A peine le temps d’écrire un petit scenario qu’il faut qu’on se jette a l’eau. Je m’éclate comme un petit fou a faire ce show, d’autant qu’avec Katya on a pas oublié de caser quelques blagues… Il parait qu’on a été bien meilleurs que Nagui aux victoires de la musique…
Directrice, jury et présentateurs filent fêter ca dans un bar, ce qui prend bien de 16h a 22h. Je me sens dans une ambiance d’expat’ étrange, moi qui ai la tête au voyage, a la sobriété de la vie de voyageur. Enfin, tout ca est spontané, alors je passe un bon moment.
Le lendemain, rdv avec Katya (encore une…) et Masha qui m’ont abordé a l’université alors que je lonely-planetais : elles étudient l’anglais et le parlent bien mieux que moi, ce qui leur permet de me faire tourner en bourrique en utilisant en creux les paroles que j’ai dites 10 minutes avant… on rigole bien !
A défaut de pouvoir rencontrer un shaman, on fille se balader au Baïkal avec Marjo, Véro, Marco, Sveta, Vlad, … et Lena. Ça fait une bonne troupe de français et de russes… qui parlent français ;-). Jeux de fous avec les enfants puis on se fait la belle avec Lena pour aller marcher. Entre temps, on a fait une pause dans un café ou la réceptionniste d’environ 50 ans lit ni vu ni connu un journal bien osé. Rempli d’étoiles… En petit démon, je le fais remarquer a Lena…
On voit le fond a travers la glace. Elle est étonnement transparente. Il y a aussi beaucoup de fissures, témoins des forces qui agitent ce mastodonte. Lena est taquine. Elle me pousse pour me déséquilibrer alors que j’enjambe une petite zone de compression de glace. Je pose le pied, me retourne pour la narguer, … chhhhhhhhrrrrrrrrrraaaaaaaakkkk la glace rompt, juste sous mon pied… Heureusement, c’est juste le dessus d’une flaque qui s’est resolidifiée, mais elle fait tout de même 20 bon cm de profondeur. Juste assez pour que ma chaussure soit totalement immergée. Comme j’ai pris mon petit sac a dos en version secours minimum (couteau, corde, mousquetons, thé chaud, raisins secs, couverture de survie, mouchoir et … un sachet plastique), je compte transformer mon mouchoir en chaussette, mais Lena en a une paire de rab dans son sac : quelle équipe de choc ! Le sac en plastique en guise de 2eme chaussette et nous voila reparti, les pieds sur la glace ferme. Moi, toujours en tshirt et coupe vent, ce qui pour un 14 mars tue Lena.
Au programme du samedi suivant : visite de magasins d’articles de sport. Petite incompréhension avec mes colocs qui ne font que me promener sans se soucier de ce que je souhaite. Et il se trouve que je souhaite regarder quelques trucs, histoire de compléter mon matériel… Je mets ca sur le compte du choc culturel et profite du repérage des magasins pour une autre fois.
Les jours passent et au milieu de cette grande Russie, a des milliers de kilomètres de la France, je me sens coupé de l’actualité française. J’ai la tête au voyage, a la découverte. Je baigne dans une quasi insouciance. C’est agréable et a la fois dérangeant, inconfortable. Je réalise que mon pays pourrait être submergé par les eaux, disparaitre et qu’il est presque sur que je n’en serais pas au courant. J’expérimente le pouvoir des médias. Et soudain, je ressent le besoin de garder un contact, un simple fil d’ariane avec mon pays, avec son actualité. Ais-je abandonné mon pays ? Je ne l’aime donc pas tant que ca, il ne m’est pas si indispensable ? Est-ce que je me sens encore citoyen français ? Est-ce compatible avec mon statut de voyageur ? Moi qui d’habitude suis plutôt engagé dans les débats politiques, je me demande comment cela ne m’a pas manqué avant.
23 mars : balade avec Lena sur les rives de l’Angara. On se réchauffe dans l’entrée d’un musée sans le visiter, ce qui n’a rien d’anormal en Russie, puis dans un café. Puis dans un autre. La, on discute famille. Comme d’habitude, je parle beaucoup. Elle, elle m’écoute. Ma voie vacille un peu. Je me surprends moi-même. On tente d’aller acheter des plats a gâteaux mais la demoiselle a toujours froid (est-ce une vraie russe ? :-p), alors on s’arrête dans un super petit café décoré avec gout. Passer la porte, c’est changer de monde : il y règne une ambiance de printemps. Il y a même un fleuriste a l’intérieur. Dans cette bulle bucolique, nous poursuivons nos discussions personnelles : après la famille, nous discutons amours. Par ses paroles, j’apprends qu’elle est seule, … et timide. Je la sens sur le point de craquer, mais mon cœur bat trop fort dans ma poitrine pour que je puisse faire quelque chose. Je suis pourtant non pas a 2 mais a 1 doigt de ce que mon cœur a décidé de faire quelques jours auparavant. Mais voila que Katya, ma collègue de présentation du concours arrive avec son copain juste au moment ou nous finissons nos chocolats chauds. C’est a la fois un soulagement et une déception. Katya, elle, parle de Lena et moi comme si nous étions ensemble… J’ai un sourire en coin et joue le jeu pour voir si cela met mal a l’aise Lena. Finalement c’est elle qui me perd un peu par son aisance.
Décision est prise d’aller voir un film chez moi. Je choisi Cash back parce que c’est une manière pour moi d’expliquer a Lena qui je suis. L’esthétique de ce film est tellement… tellement !? Il parle d’une belle manière du partage des émotions et de la construction personnelle, sur fond d’une histoire d’amour. Sans que celle-ci soit envahissante : il est bien loin de la tarte a la crème américaine. Pendant le film j’ai un peu l’impression que Lena déjoue mes tentatives de rapprochement, mais nos quelques paroles ne s’accordent pas avec cette idée. Je sais que nous sommes en train de voir les 2 dernières minutes du film : je n’ai qu’une envie, lui prendre la main, mais je redoute la brutalité de ce geste impulsif. Les regards sont on ne peut plus malicieux pendant notre discussion a propos du film. Elle me dit d’ailleurs ne pas être habituée a dire son ressenti. Je décide donc de nous donner un coup de main en baissant la lumière… La langue est fatale a la première tentative qui est avortée par un quiproquo. La deuxième, je m’approche, m’approche… nos nez se touchent, nos lèvres vont s’effleurer… Elle recule. Non. Je n’y pige rien. Quelques mots d’explication sont nécessaires, bien qu’ils brisent pour un temps le charme du moment. Je sens que j’ai affaire a une oui mais … non (c’est mon domaine d’expertise ;-))… mais oui. Les gestes sont finalement de meilleures armes même si le domaine de ses lèvres me reste presque totalement interdit. Mon cœur bat la chamade avec tous ces défits. Je lui fais sentir pour remplacer tous ces mots mal venu. Sa main est libre avec la mienne, mais tout le reste ne se déverrouille qu’en de rares occasions qui sont d’autant plus chères. Dans ces instants, nos différences s’estompent, s’évaporent et la spontanéité reprend le dessus. J’ai l’impression qu’elle va me croquer tout cru ! C’est un moment on ne peut plus simple, mais tellement intense !
Je la raccompagne au bus, monte avec elle en lui disant que je la raccompagne jusqu’à chez elle. Par un signe des yeux, elle me dit que je devrais descendre. Ses regards sont souvent ses paroles. Les portes se ferment. Elle est toute rouge lorsque je l’embrasse dans le cou. Je saute du bus en marche a 2 arrêts du mien et rentre a pied, la tête dans les nuages. Cette fille est un défit permanent, rien n’est jamais gagné !
Plus tard, avec Lena, on rediscutera de ce moment particulier. Elle me dira avoir bien compris mes intentions mais trouver que tout ca allait un peu vite.

mercredi, mai 13 2009

Un ticket pour le paradis svp

-3°C par une journée ensoleillée. J’ai l’impression qu’il fait +10°C… Un peu plus et je devient gourou solaire et demande le titre de météorologue honoraire vu qu’hier il faisait pourri ! Heureusement que je n’ai pas oublié mes bagages… (Chris, elle est pour toi celle la) Je sais tout de même que le froid on ne le sens pas venir, alors je met pour la première fois mon pantalon doublé. Jusque la, j’ai fais du T-shirt, jean et coupe vent. Jusqu’à -10°C ca passe. Un petit degré de moins ou un petit coup de vent et je commence a rêver de la polaire qui est dans mon sac…
Je découvre une ville qui vit et dont le pouls est rapide. Krasnoyarsk s’agite. Rien ne traine ici. C’est vraiment impressionnant, ca envoie du bois ! Quelqu’un a du appuyer sur la touche 2x… Je me demande si c’est je dois mettre ce dynamisme sur le compte de l’économie dans cette ville qui était fermée aux étrangers pendant l’époque communiste ? Pour se rendre compte du rythme effréné de cette ville, le mieux est encore d’aller attendre un bus a l’arrêt, a la sortie du pont principal : un bus y arrive toutes les 15 secondes et il n’est pas rare d’en voir 4 en même temps ! Vu le défilé que c’est , je les déguiserai bien moi ces bus, ce serait marrant…
J’en prends un pour filer faire un tour au zoo, histoire de faire connaissance avec les bestioles que je pourrais rencontrer pendant mes petites expés… Mais avant les grandes émotions, faut-il encore le trouver le zoo ! Je baragouine quelques mots a ma voisine, sans grand succès, alors je vais demander a la vendeuse de ticket qui est dans mon bus, le 50. J’ai de la chance : un, parce qu’elle est mignonne et deux parce qu’elle parle entre 3 et 4 mots d’anglais. Tiens, cette ville se serait-elle laissée aller pendant quelques minutes pour ne pas me faire de salle coup ?
D’habitude, je ne suis pas bien fan de zoo, et la, ca se confirme. Les animaux semblent complètement fous et apeurés. Les ours polaires marchent inlassablement d’un coin a un autre en balançant leur tête. Ils ne sont pas les seuls, les tigres ne font pas mieux. Je suis pour le moins mal-a-l’aise… Cet Homme qui croit dominer le monde… Je fini par aller au musée régional, a deux pas de mon hôtel tant il est conseille par mon Lonely. J’entre et me fait hurler dessus par une grand mère qui prend des airs exaspérée. Décidément, ici, lorsque on passe une porte d’entrée et qu’on se présente au guichet, l’accueil est très particulier ! Certainement une coutume locale… Je vais donc a la caisse qui est dehors et bien que ce soit dans les horaires d’ouverture, il n’y a personne. 5 minutes passent et toujours pas le moindre signe de vie. Une nuée de voitures arrive devant le musée. Les portières s’ouvrent et libèrent des jeunes gens qui sautillent de plaisir. L’une d’entre eux porte une belle robe crème. Aller au musée pour un mariage, tiens, en voila une idée !? J’explique a un petit groupe de 4 personne qui s’est agglutiné dans un coin mon soucis. Le jeune gars qui m’aide n’est pas plus chanceux que moi a la caisse : on retourne s’expliquer avec l’orage a l’intérieur. Alors qu’elle nous dit qu’elle ne veut rien entendre, que la caisse c’est la caisse, le marié qui voit la situation lui fait un pied de nez en me tendant un billet qui lui reste… L’orage tente de résister, mais son monologue est déjà obsolète. Elle perd tout pouvoir lorsque je lui tends mon ticket et exécute la seule tache a sa charge : déchirer mon ticket. La règle, c’est la règle ! Mais ca n’empêche pas les petits tours de passe-passe pour la respecter… ;-) Enfin, alors que je visite le musée depuis quelques temps, une dame qui me voit en passant me pose une question pour laquelle je ne comprends que l’intonation. Elle me demande de venir avec elle, et, en moins d’une minute on me fait passer une porte de sortie dérobée. Je suis surpris, mais amusé. Ça me fais tellement rire que je n’oppose aucune résistance, ni verbale ni physique. Je rigole juste de l’étrangeté de la situation. Il est 17h30 et le panneau a l’entrée indique bien que le musée ferme a 18h. C’est aussi bien, si ce n’est mieux que de visiter le musée. C’est un peu comme si toute une troupe de théâtre s’était cassée la tête pour trouver comment me faire une bonne blague, une imposture, juste pour moi. Tant d’attention, c’est touchant !
Le lendemain, alors que je reprends le bus 50 pour aller me balader, je retrouve par hasard ma ticketeuse préférée. Les sourires pleuvent et l’amusement est de la partie. Je lui explique ou je vais et elle m’arrête pile poil au bon endroit, ce qui est une chance vu qu’ici les arrêts sont matérialisés par un reste de poteau…
Le contraste entre la ville et ce petit bout de nature est tel qu’il est un peu envoutant bien que ce soit le lieu de balade du dimanche de toute la ville. C’est un vrai bol d’air frais, une vraie coupure, une bonne respiration. On croirait avoir passé la porte magique d’un autre monde. Je me laisse guider par la petite vallée et fini par trouver un panneau avec la carte des столбы (stolby) : tant mieux, parce que je n’en ais pas ! Enfin, ce n’est qu’un schéma, sans échelle, sans nord, … J’ai décidé de me mettre a l’épreuve, alors je marche en Tshirt et coupe vent. A la fois pour me tester et tester mon matériel. Dans mon coupe vent en goretex, je sens ma transpiration saisie par le froid me glacer la peau. En haut du sommet, je quitte le chemin principal. Plus j’avance et plus le chemin se rétrécie pour n’être plus qu’un sillon dans la neige. Et puis les sillons se multiplient partant chacun dans autant de directions qu’il en faut pour faire un bon labyrinthe. J’active ma mémoire visuelle et me laisse guider par mon instinct (C’est vraiment stupide d’avoir oublie la boussole. Je ne la rangerais plus a part, dans la poche de sécurité…). La lumière est magnifique : a la fois perçante et douce. Certainement un peu maléfique. Je passe un premier stolby que je ne peux pas escalader et arrive a un deuxième qui se conquière en passant dans un petit tunnel. Au sommet, j’ai une belle vue panoramique sur les environs et je vois pointer les autres stolby comme des géants dont la tête dépasserait de la foret. Me voila dans leur monde. C’est un peu ventu, mais bien ensoleillé alors je décide d’y faire ma pause repas. D’habitude, je ne fais qu’un repas par jour avec de petits extras pour le plaisir. La, je compte sur lui pour me donner un coup de pouce pour les galères du retour. J’enlève ma veste et me retrouve en Tshirt manches courtes par -10 C. J’en profite pour faire une photo. Juste pour la provoc’. C’est un peu la galère pour manger parce que tous mes aliments sont durcis par le froid. Et puis, peu a peu, les mouvements de mes mains deviennent difficiles et lents. Couper du pain est dur parce que je ne sens pas ma force. Étaler du fromage a l’ail revient a déposer de petits amas sur une tranche de pain. Je file, il est temps, car en ayant mangé j’ai coupé l’effort de la machine qui me tenait au chaud. J’ai d’ailleurs beaucoup de mal a me réchauffer. Même en marchant. Même en buvant du thé. Même en mettant ma polaire. Elle suffit juste a ce que mon corps maintienne cette température glaciale. Première hypothermie : j’ai atteins ma limite. Expérience réussie. Jalonné au froid sibérien, je me sens maintenant bien plus apte a juger du risque, plus tard, pour mes expés de plusieurs jours. Je préfère être en danger par choix qu’être surpris par le danger. Je passe devant les premières isbas de toute ma vie et rentre en mettant le turbo pour éviter de rester dehors par une nuit glaciale. Ce n’est que la chaleur du lit qui me ferra retrouver le bout de mes doigts.

mercredi, avril 29 2009

Vous parlez anglais ? ... Bienvenue aux autres !

Arrivé a Krasnoyarsk, j’ai droit au célèbre “Taxi ?” sur la place devant la gare. Qu’ils sont serviables… Je me sens libre, je respire a pleins poumons. Je suis prêt a me jetter à l’aventure dans cette ville. Je me demande quand va m’arriver ma première galère, celle qui change le cours des choses. Je l’attends, impatient. Les rues sont mon terrain de jeu où se déroule la partie de cache-cache. Un petit détour par ici, un petit détour par là, juste parce que “je le sens bien”. Juste pour appater le destin.
Me voilà dans des quartiers assez délabrés. C’est comme si j’étais dans une zone industrielle avec des immeubles de 15 étages. Un peu comme dans les films de fantaisie, lorsque l’on retourne dans la vieille ville, dans cette partie abandonnee parce que trop obsolete. Ces restes urbain d’un autre temps ou on a l’impression que la ville tiend encore debout alors qu’elle a subit une douche d’acide. Tout est corrodé et effrité. Pourtant la ville parait solide, forte. La prochaine tempete venue du ciel, le prochain souffle n’en viendront pas a bout. Les bourasques de vent repartiront bredouille.
Je me dis que c’est une bonne situation pour que quelque chose se passe. J’avance, j’avance, mais rien d’extraordinnaire ne se passe. Au centre ville, place Lenine, je passe devant la premiere manifestation russe de mon sejour. Ils sont 20, mais ils ont du courage me semble-t-il. A l’hotel sympa et pas trop cher que le Lonely Planet me conseille, il n’y a plus de place, alors je demande conseil au receptioniste. Un petit tour dans le botin pour avoir une carte de la ville plus precise et j’apprends que l’autre que j’avais reperé n’est pas ouvert. Et puis l’homme me conseille mon 3eme choix. Mais c’est loin en arriere - vers la gare - et un peu cher. Je me lance donc a la recherche de l’hotel pouilleux qui figure en bonne place sur mon guide. Je suis en plein centre et un petit coup d’oeil a ma montre me fait dire que j’en ai pour une plombe. Mais comme ma petite balade urbaine m’a donné une bonne idée du plan de circulation de la ville qui me semble simple, je decide de sauter dans le premier bus qui voudra bien de moi. Il demarre et je me questionne “Alors, raison ou pas raison de penser que tout est organisé sur les deux arteres principales ?”. Il accelere, ralenti, s’arrete et redemarre. Les portes s’ouvrent. Tout s’est passe selon mon plan. Ou plutot celui de la ville… Jusque la tout roule (si j’ose dire)… “La meme pour le prochain arret svp ;-)”. Et puis, quand la voie commence a prendre un caractere un peu trop routier et que je vois, face a moi les montagnes, je me dis que j’ai pousse la chance un peu trop loin … et qu’elle aussi. Je saute du bus avant que je ne perde autant de temps que ce qu’il m’en a fait gagné. Je retombe sur mes pates et en un brin de temps je suis la ou mon lonely me propose de dormir. Mais pas la moindre trace d’un hotel. Je consulte de nouveau ma bible et retourne vers le centre. Non loin des berges de la riviere, je trouve la cantine etudiante que j’ai repréré. Il est temps de recharger les bateries. J’avale un premier plateau et bien que ce ne soit pas fameux, un deuxieme trouve de la place sans probleme dans mon estomac. A 60 roubles le repas, je ne suis pas trop regardant sur la gastronomie ! Le ventre plein, je me sens bien plus vaillant pour aller a l’assaut d’un lieu pour dormir. Je profite d’avoir des jeunes sous la main pour demander conseil. Pour l’anglais, je repasserai. Pour l’hotel, c’est de la ou je viens… Je fais pivoter mes talons et mets mes jambes en mouvement. 5 min plus tard, le garcon me retrappe et m’explique que ca y est, il a compris, je cherche un hotel pas cher : alors, il faut que je fasse demi-tour… Ils se sont donnés le mot ou quoi ? Ou est la caméra, hein ?… Je ne sentais pas bien son premier plan, alors je m’execute. Mais j’irai a un hotel repere sur le lonely.
Si j’en crois mon plan, je suis arrivé. Si j’en crois mes yeux, je suis paumé. Heureusement pour moi, un homme de passage dans la rue comprend la mésentente que j’ai avec mon tas de papier imprimé. Un coup de fil plus tard, il me guide jusqu’a mon nieme hotel. C’est une péniche, ca devrait etre sympa ! Je rentre. Au premier mot d’anglais que je prononce, le visage de la réceptionniste se ferme et je subit une salve de mots russes. Je patiente avec un sourire. L’attaque ne cesse pas, je continue d’etre assailli. C’est quasiment le grand défoulloir. J’évite quelques mots aux lettres un peu trop saillantes. Ca se termine par “angliski nyet” et l’on me montre la porte de sortie. Radical. Un son n’a meme pas le temps de sortir de ma bouche que l’ogresse devant moi me repete “англисски нет”. Quel accueil ! Quel sens du commerce… Je n’ai pas la moindre envie de laisser un kopec ici, je me tire et me dis que décidément, trouver une piaule ici, c’est du sport ! J’hésite a y retourner et lui faire un monologue. J’ai moi aussi pas mal de choses a lui/re dire ;-) : c’est peut-etre son mode de communication ? Et puis je me dis que je ne suis meme pas sur d’en rire alors je remet mes pieds en marche… Par hasard, je retrouve l’homme qui m’a guidé jusqu’au bateau de malheur. Etonné il me demande pourquoi je ne suis pas resté a la péniche. Je lui explique et il m’embarque, quasiment en me prenant sous le bras, vers un autre hotel qui se trouve etre celui que le garcon m’avait conseillé en dessinant un plan sur mon carnet de voyage. A l’interieur, il s’occupe de tout et sa femme me traduit en anglais. Je les remercie milles fois… La gérante arrive et dans un anglais parfait me dit “Voici vos clés, il y a une piece de service a tous les etages, … et, ah oui, la douche n’est pas gratuite, vous devez payer un supplément”… Tiens ben voila, apres avoir payé et fait mon enregistrement aupres des autorites russes… Je me console en me disant que 2 personnes m’ont conseillées ce lieu et que vu mes déboires, j’ai déja un lit pour ce soir !
Le soir justement, comme il y a des jeunes a la reception, j’en profite pour leur demander de me conseiller un endroit sympa. Mais leur anglais est une catastrophe ! De l’ordre de 2 mots a la minute… Je ne lache pas pour autant le morceau parce que la galere met une bonne ambiance. Avant de sortir, et apres avoir demandé si je pouvais, je vais faire un petit tour sur internet qui se transforme en une bonne heure. La faute a Yannick ;-). Le lendemain, la gérante me dit qu’il faut que je paye pour internet, que l’acces n’est pas compris dans le prix de la chambre ! Je la fusille des yeux et me demande a quelle sauce je vais me la faire. C’est mal me connaitre que croire que l’on peut m’arnaquer si simplement. C’est mal me connaitre que de jouer a ce jeu. Vraiment. Dans une joute verbale je lui explique que le moindre des respects c’est de prevenir et que je suis sur qu’ici tout le monde connait parfaitement le mot “money”. Elle n’a pas d’excuses et, pourtant, elle m’en fait a demi-mot. 4h30 pour trouver un lit pouilleux et inconfortable dans un hotel ou si je pose un peid au sol, je ne peux effacer la trace qu’avec un petit billet. Je sors voir ce que le reste de la ville me réserve… Que va-elle m’inventer maintenant ?

mardi, mars 31 2009

Briser la glace ne dure qu'un temps

En achetant mes billets de train, j’ai toujours calculé pour y passer la nuit et arriver tôt le matin : ma journée n’est pas perdue. Je file faire le tour des quelques rues que je n’ai pas encore visité… il y a une rayon de soleil, ce n’est pas le moment d’aller faire un tour au musée de l’oppression.
Arrivé au bord du fleuve, je vois des pêcheurs sur la glace : il est temps d’en savoir un peu plus sur cet art. Je squatte avec un pêcheur, la conversation s’engage en russe. Je fais toujours subir a mes papoteurs de multiples répétitions, mais cette fois lorsqu’il me demande mon nom, je comprends de suite ! Le bain russe commencerait-il a porter ses fruits ? Une changement d’emplacement, 10 secondes et hop ! une prise. Je n’en crois pas mes yeux.. L’équipement n’est pourtant pas très sophistique, voyez donc : un bon siège en polystyrène, un bâton pour récupérer les cristaux de glace en suspension ainsi qu’une canne a pêche - qu’un playmobil ayant mange trop de soupe (j’y crois encore…) trouverait toute a sa taille - formée d’un fil qui, après être passé dans 2 anneaux fixés sur une languette souple, vient s’enrouler sur un bloc de polystyrène. Pas la moindre trace plomb sur le fil. Le tout tiendrait dans la plus petite poche de la plus fashion des filles russes. Ah si ! J’oubliais… pensez a prendre de bons gants, avec de la fourrure… c’est très pratique pour ajuster l’équilibre de tout ce petit équipement ! De toutes façons, des doigts on en a 10 ou 20 en fonction de comment on compte, alors bon… Ceci dit, cet équipement sommaire marche du tonnerre : mon pêcheur me montre un panier avec une cinquantaine de poissons.
Je poursuit mes visites et la nuit me rattrape : le soir tombe très vite ici me semble-t-il.
Un bon dodo me permet de découvrir le lendemain le premier arrêt de bus de toute la Russie qui soit plus que des traces de roues au sol, un poteau ou un panneau ! J’ai aussi droit au premier accident russe en live : les russes ne sont pas très disciplines pour la conduite, c’est un peu Tu y vas ? Ah bon tant pis parce que moi aussi. La voiture, ici, c’est vraiment l’émancipation. Pas question de laisser quiconque grignoter ce gâteau. J’imagine les conducteurs en train de s’autopersuader dans leur bolides, sur la ligne de départ de ce jeu de joutes, le regard fixe, l’humeur féroce, l’esprit déterminé…
En pleine ville, je trouve un parc transformé en piste de ski de fond. La Sibérie n’a vraiment rien a envier a Grenoble… ou inversement ;-) En arrivant, Olga me répète un conseil que l’on m’avait déjà donné a St Petersbourg : ne pas marcher trop près des maisons au risque de prendre une douche de neige et de glace venue des toitures. Ma visite n’aurait pas été complète si j’avais manqué ca : il faut donc que ca m’arrive au moment ou je passe devant une maison, ce qui me donne l’occasion de battre le record de la ville de saut sans élan… Un kangourou (peu frileux) en aurait été jaloux ;-) Deuxième effet kiss cool, je marche maintenant la tête dans les nuages, le menton haut et les yeux rivés dans les étoiles…
Je profite tout de même de la propagande pour l’armée russe aux symboles paternalistes. Ce langage fait pour moi référence a Vichy… Après un petit tour sur les hauteurs pour avoir un meilleur aperçu de la ville (que je ne trouve pas aussi bien que mon ami Lonely le dit, même s’il y a peu de grands immeubles, de grandes barres) je retourner manger dans le même café qu’hier tellement cela avait été cocasse : 1,2 puis 3 serveuses se sont mises a m’aider pour briser la barrière de la langue et que tout fonctionne. De la bonne volonté a l’état pur. Les mimes acquièrent le grade de phrase et les sourires ou froncements de sourcils dépassent celui de simple ponctuation. Les plats défilent devant mes yeux, un véritable manège, presque une danse… de comptoir ;-). L’ambiance est a la rigolade, a la bonne humeur et a l’autodérision tant il est comique de ne pas se comprendre. Alors, pour ma deuxième, je suis tout de suite grillé ! Même pas le temps de poser un pied de l’autre cote du seuil de la porte que Natacha me regarde d’un œil complice et amusé : les mots sont souvent d’un grand secours, mais certaines fois aussi la plus lourde des tares. Tout le monde est en place, il ne reste plus qu’a claquer des doigts pour que les acteurs sortent de leur état figé et que le balais commence… Libérez donc ces tendres attentions, ces privilèges qui font décocher des sourires pincés a la personne qui vous suit dans la queue. Ce café est le seul endroit ou je sens une ambiance étudiante. Tres bizarre pour une ville ou un habitant sur trois est étudiant.
Je file prendre mon train pour Krasnoyarsk le ventre plein, saute dans un tram pour gagner quelques minutes et arrive avec 20 min d’avance. Tant mieux, parce que pour le coup, la provodnitsa est bien moins cool : comme elle n’a pas ses repères habituels sur mon passeport français, elle pousse un grognement et refile le petit livret a son collègue de gauche. Tiens, le voyage risque d’avoir une autre couleur…
Finalement, de Tomsk, je retiendrais que c’est la ville ou habite super-Olga, mais que c’est une ville sale ou peu de gens parlent anglais. D’ailleurs, curieusement, je les trouve moins chaleureux qu’a Moscou ou St Petersbourg qui sont pourtant de très grandes villes.
Coté urbanisme, Tomsk m’a en tout cas révélé une de ses particularités : en première frange d’une rue, il y a toujours, toujours des maisons a 2 étages, puis, assez en retrait, les immeubles. Enfin, il me reste une question sur le bout de la langue : pourquoi plus de 50% des voitures ont le volant a droite alors que tout le monde roule a droite ?

lundi, mars 16 2009

Bataille pour des cartes de Moscou...

La suite de mes aventures moscovites est moins chanceuse : les musées se sont apparemment donnes le mot pour être exceptionnellement fermes, je tente des cafés au pied levé qui se révèlent plus que chers (un gâteau plus un café pour le prix d’un repas pas cher), … Ma chance tourne quand je tombe (enfin) sur de magnifiques stations de métro. Pourtant, je ne sais pas pourquoi, mais je ne leur trouve pas d’âme. Je les trouve froides, bien que ce soit l’endroit le plus chaud de Moscou… Celui ou l’on se refugie instinctivement lorsque les frissons se font trop nombreux. La différence est telle, que garder mon bonnet et mes gants est impossible !
Au musée de l’histoire de la ville de Moscou, il y a un gros autocollant avec un icône signifiant “photos interdites”. Moi qui voudrait bien mettre de cote quelques représentations historiques et actuelles des villes que je visite, c’est pas de chance ! Je décide donc de la forcer un peu cette chance… Armé de mon guide de conversation et d’un sourire qui fait 3 fois le tour de ma tête, je sur-joue l’étranger qui met toute sa bonne volonté pour baragouiner quelques mots de russe, comprendre et se faire comprendre. Mon petit jeu de séduction marche du tonnerre : j’ai un laisser-passer photos. Enfin, je dois le renégocier a chaque salle, avec chaque surveillante… Au RdC, pas un brin de résistance a mes pouvoirs charmeurs, mais au 1er, c’est un нет ferme ! La, je continue mon baratin et m’efforce de ne pas comprendre les réponses (je crois bien avoir inauguré le QI négatif ;-), pour jouer la montre. C’est que c’est les 4 cartes de planif de Moscou, les seules ! Juste ce qui m’intéresse le plus… Finalement, la surveillante, épuisée, décide d’aller chercher du renfort. 10 secondes le dos tourne et je vole 4 photos ! Ah ! ces français… Je fini tout de même par acheter 2 livres russe-only avec toutes les cartes sauf les 4 dernières : je suis bien content de mon petit coup, D’autant que l’épisode du haut est oublié avec mes sourires et approximations russes qui amadouent ma mamie vendeuse. Le téléphone russe marche a plein régime et en un éclair tout le monde sais que je suis français et urbaniste. Dans ma paparazziade, j’ai pris en photo de vieux permis de conduire et une vieille carte du réseau de tram que je ne retrouve nulle part…
Je retrouve mes pots du studio, pour la soirée. Elle se finie chez Sam (l’Anglais), après un petit tour de taxi russe. Cette bande de gugus est vraiment trop sympa ! Moscou, ce sera eux pour moi !!
Réveil matinal pour ce samedi 28 février pour aller visiter a l’ouverture le musée Andrei Sakharov. Il y a des plaquettes en anglais, du coup, j’y passe la matinée ! Je suis assis sur une chaise, ce qui fait penser a certains visiteurs que je suis le surveillant : on me demande de garder et surveiller des sac, ce que je fais, on chuchote du plus doucement possible quand on est proche de moi, … Je garde la façade, mais je j’éclate de rire intérieurement ! J’hésite même a croiser les mains dans mon dos et aller faire un petit tour du propriétaire, d’un pas lent…
Dehors, je croise le premier bus russe accessible aux handicapes : c’est collector ! Cette ville est truffée de passages souterrains, d’escaliers dans le métro, de trottoirs encombres par des voitures ou recouverts de glace (les mamies ont une petite pointe au bout de leur canne qu’elles plantent dans la glace a chacun de leurs pas, lents), … et puis les traversées se font au pas de course : si l’on ne démarre pas des que le piéton est vert, il vaut mieux attendre le suivant, parce que les bolides qui ronronnent derrière cette méprisante loupiote rouge seront sans pitié. Je n’ose pas imaginer la vie avec des béquilles ou en fauteuil, par contre, celle avec une armure, je ne dis pas…
Le hasard veut que je passe devant l’église St Georges au moment ou elle se met a sonner : 5 minutes d’une mélodie vraiment créative et toute en finesse pour des cloches, ou rythmes, sons et intensité varient dans une harmonie surprenante. Un véritable morceau (joyau ?) de musique (Mamé, je t’ai fais un petit film de tout ça, il ne reste plus qu’a pouvoir te l’envoyer ;-).

vendredi, mars 6 2009

Anniversaire a St Pertersbourg : mes 24 ans russes

Pour pouvoir profiter de la journée de mes 24 ans, je me repose et épluche le Lonely Planet. Il faut bien qu’il y ait des inconvénients au voyage base sur les opportunités… J’aimerai passer cette soirée avec des gens sympa, mais l’hôtel dans lequel je suis est totalement mort bien que présentant des prix étudiants : je ne peux donc que compter sur les cafés et les bars que je vais dégotter. La carte de la ville sur le Lonely est en 6 ou 7 pages : je décide d’améliorer ma bible du voyageur par un code de signe que je reporte sur la double page centrale. J’ai maintenant un tout en un qui va me permettre d’adapter mes choix en fonction du cours des évènements. Je file manger dans une chaine de restauration rapide nommée тегемок (Tyegyemok) que m’a conseillé la réceptionniste et visite la ville.
J’ai droit a un beau rayon de soleil. Avec le plan du Lonely et mon apprentissage de l’alphabet russe, je me repère assez facilement dans la ville. Dans la rue, il y a beaucoup de vie. Dans les petites rues, on dirait des fourmis passant la serpillère. Tout le monde traine des pieds, y va a tâtons sur les trottoirs gelés. Les gens ne sont pas vraiment plus habilles que nous : les chaussures vont des ballerines aux bottes avec fourrure. J’hallucine quand je vois pour la première fois des filles en jupe ! Moi qui veut m’immerger dans les cultures des pays ou je voyage, heureusement que par ce froid je suis en Russie et pas en Écosse !
En ville, il n’y a pas d’horodateur, mais une personne tout les 200 m avec un chasuble. Quelle que soit l’heure ou la température de la journée… J’en ai froid pour eux, même si cela présente l’avantage du travail et du salaire. Une dame sympathique me conseille d’aller voir une très belle église : je ne rentre pas dedans, il fait bien trop beau ;-). Comme a mon habitude par la suite, ma visite ce termine vers minuit. Lors de ma traversée de la Pologne a l’Estonie, on m’a conseillé de ne pas marcher seul la nuit en Russie. Mais ces personnes m’ont paru bien trop prudentes pour que l’imprévu soient une vague sur laquelle ils surfent et construisent leur voyage. Et puis, je me sens en sécurité, même si je reste sur mes gardes en permanence.
Je ne trouve pas d’endroit aux ondes positives pour ma soirée d’anniversaire. Je file manger Grec malgré moi : dans le froid, j’ai fais trop vite pour regarder les bonnes adresses du Lonely… Le lendemain, je décide de rattraper cette boulette en allant au café Izmir. En effet, c’est très joli et je mange une bonne soupe de betteraves (ьорш), puis une sorte de macédoine au poisson (салат оливье с лососем).
Je suis moins chanceux par la suite : tous les endroits que je veux visiter sont exceptionnellement fermes. J’y perds mon après midi, dans les transports en commun. Alors que je galère avec le plan de métro surchargé (les deux alphabets) et les différents niveaux des stations, je suis agréablement surpris qu’un papy m’aide a trouver le bon quai. Et en anglais s’il vous plais ! Malheureusement la station ou je veux m’arrêter est en travaux, bien que ce ne soit indique sur aucun plan ou panneau. Le métro ralenti, mais ne s’arrête pas, c’est tout. Je suis surpris, pour une grande ville ! Je retourne d’où je viens et fais le trajet a pied.
Pendant ma visite nocturne de la ville, je tombe par hasard sur un café (ce sont des cafés ou des cafétérias en Russie) étudiant. Rahhh, c’est le top ça ! Petit budget et rencontres possibles. Comme dans tous les pays de l’Est que j’ai visité, il faut faufiler a l’intérieur de l’ilot dont on dirait une arrière cours, passer quelques portes, monter quelques étages et puis tout roule ! La, je rencontre des étudiants en management, mais ces petits jeunes ;-) ne parlent pas assez bien anglais pour que la discussion soit fluide et devienne intéressante. Je continue ma visite nocturne avant de me rendre a 22h a la place des décembristes ou je dois retrouver Tatiana. J’attends 30 min, mais elle ne vient pas. Tant pis ! Je vais aller au café jazz que j’ai repéré : ferme dans 30 min me dit-on… Comme il fait tout de même -10 C dehors, je décide de entrer. Demain, je ne compterai que sur moi…
J’ai un programme d’enfer pour ce samedi 21 février 2009. Je commence par le musée de l’arctique et de l’antarctique (J’ai d’ailleurs lu des trucs intéressants a propos de son directeur dans le dernier livre de Mike Horn), juste pour me donner un avant gout de ce qui pourrait m’attendre lors de mes trecks en Sibérie. Je fais passer ma carte d’assuré a la MAIF pour ma carte d’étudiant. Pour le sérieux et en gage de ma bonne fois, je sors mon passeport pour permettre de comparer les noms… Ça marche a merveille ;-). Le musée est tenu par des mamies, ça donne une ambiance de culture tricot. Une d’entre-elle remarque mon intérêt soutenu pour ces choses exotiques et me fait une visite guidée personalisée en russe ! Avec les gestes, les quelques mots de français que la langue russe a adoptée et le contexte, je me surprends a presque tout comprendre du sens général de ces explications. Il faut dire qu’elle est patiente et qu’elle répète au mois 10 fois quand je lui fais signe que je ne comprends pas… L’ambiance est très chaleureuse.
Je regarde les vêtements et me dit que je devrai faire quelques emplettes, si je décide de mener a bout ce projet de treck. Ma super mamie me montre une photo et les instruments d’un chirurgien qui s’est opéré lui même de l’appendicite au pôle nord ! J’ai bien fais de demander a ma sœur qu’elle m’apprenne a faire des points de suture, je vois qu’il en a d’autres a qui ça a servi… Plus loin, je trouve une machine solaire servant a faire fondre la glace en eau, 2 biscuits d’une expédition de 1910…
Je file vers le musée de l’histoire politique de la Russie : je suis curieux de savoir comment ils se voient de l’intérieur, comment nos médias nous transmettent l’info. Je le trouve en lisant pour la première fois le mot музеи. A l’intérieur, quasiment rien n’est en anglais, mais je profite des illustrations. Ma lecture du russe en est encore trop a ses balbutiements : lire une page A4 me prend bien 20 minutes… Je trouve un tract de Poutine, le bureau de Lénine reconstitue, le lien entre la mode et la politique (Il semblerait que les russes y soient très sensibles ; ce fut un levier important pour illustrer et afficher les idéologies).
Après un festin pour une bouchée de pain au café étudiant (que je rajoute sur mon Lonely Planet), je vais vers le sud quand je passe devant un bloc très glauque. On dirait des décors de western abandonnes. Pourtant, il y a de la lumière et de la vie, furtive…
Je rentre a l’auberge pour attendre mon train pour Moscou qui part a 1h10, soit le 22 février 2009. Je profite de l’accès internet, pour votre plaisir (et le mien ! ;-)

mardi, février 3 2009

Derniers préparatifs pour le sac et pour la tête

La liste de sac à dos est finie, mais je la trouve tellement vertigineuse que je crois qu’il me faudrait 2 ou 3 38 tonnes pour tout prendre. J’ai un peu du mal à y faire du tri. Je n’y trouve que de l’essentiel… Pour faire le point et évaluer les dégâts de ce moment de doute, je me fais un petit rétro-planning en tenant bien compte que je suis toujours très optimiste, et ce chenapan me met un petit coup la pression : il me reste pas mal de choses à faire. Le sac finalisé, je serai rassuré ;-)
J’ai un peu le dos en compote “grâce” aux réactions secondaires de mes vaccins : tout ça doit peser un peu aussi. J’ai tout de même plutôt la pêche en ce moment. C’était plus difficile il y a quelques jours : c’était les temps charnière où tous les petits éléments te ramènent à ton projet et t’en font mesurer l’ampleur. J’étais assez tendu bien qu’enthousiaste. Et puis j’ai enfin acheté mon sac à dos et là tout allait mieux parce que cela veut dire que j’ai mis un cadre général à a peu près tout. A partir de là, c’est un peu comme si j’étais déjà parti, presque un intouchable :-). Je mène des jours heureux bien qu’ils soient chargés à souhait. Ma tête est déjà sur le chemin. En ces temps de départ, je pense à pas mal de choses et en même temps j’ai l’impression que tout m’effleure, que rien ne peut m’arrêter. Rien n’est grave, tout à une solution. Je pense à faire un tcho à mes copains et ma famille et puis j’essaye de me projeter en train de faire du stop, à la débrouille complète. Je souris déjà de la baffe que je vais me prendre à la première galère, aux petites pointes d’angoisse d’un éloignement et d’une liberté encore trop fraîche. Je pense à ce que je pourrais faire pour les autres, ceux qui ne partent pas à qui j’ai envie de donner d’une manière simple un coup de pouce à leurs projets. Je suis un petit peu sur un nuage flottant, un entre deux. Je pense à tout ce que j’ai choisi de ne pas faire et me dit que ce sera sympa de le réaliser sur place avec mes 3 mots de russe. Mais rien ne m’arrête. Plus je pense à ces obstacles plus je me sens prêt. Je partirai presque au réveil en pyjama. Pour résumer, ce qui est important pour ces derniers jours avant mon départ c’est de me sentir bien. Prendre soin de soi et des autres, de ceux qui me sont chers. Bien avec ceux que je vais quitter, bien dans mon projet. Tout le reste qui est hors des instants, hors du partage d’un moment, hors de la relation humaine, tout cela peut bien être rattrapé après. Alors que le temps inscrit au registre du passé ne peut être changé…
A quelques jours du départ, je suis entre électrique et hystérique, avec quelques pointes d’inverse. Il est donc bien temps que je vous passe une illustration de mon parcours imaginé depuis la France :