Ecrire mon carnet me prends beaucoup de temps. Toutes les humeurs ne sont pas propices à l’écriture. C’est une bataille entre mon esprit qui divague et mon stylo qui doit dire des mots, justes. Seul le temps autorise ces coquinneries a ralentir un petit peu pour laisser une trace palpable sur le papier, bien que la musique soit mon principal support. C’est lorsqu’elle me pénètre que ces mots qui jouent à l’ombre commencent à basculer dans la lumière. Elle m’échauffe, me tanscende et, dans une ascenssion folle de sons accordés à mon humeur, brise la coquille de la partie la plus lucide de mon esprit, et, dans un éclat d’une élouissante douceur libère cette atmosphère, cet état d’esprit, substance cotonneuse, légère, teintant la réalité comme une brume fine et succrée par un jour de bruine (certainement de la poussière de perlinpinpin), pour que les émotions glissent sur la cornée de mes yeux, telles des gouttes sur les vitres d’une véranda. Je ressents alors une éternité, une plénitude de jouvance. Je ne sais plus tout à fait si je suis a moi même tant le temps est sporadique, mais je suis tout à l’opposé d’être absent. Je suis évéillé dans cet état de transe qui anésthésie le petit André Descartes qui sommeille en moi. Je suis comme un vaisseau de scilicone : au contact, sans tout à fait l’être, du monde réel. J’avance dans cette bulle, du bout des doigts décroche une goutte de la vitre et dépouille l’arc-en-ciel de ses couleurs pour peindre cette joie et ce bonheur.
C’est comme ça que s’exprime chez moi ce qu’on a l’habitude de décrire en un mot : l’inspiration. Mais toutes ces merveilles sont précédées par quelques tourments, lançinants, pour un aprè-midi ou une journée souvent, comme pour être en équilibre.