De la peur du voyage solitaire
Par Nicolas MANDIL le jeudi, juin 11 2009, 15:17 - Coups de Maître - Lien permanent
Souvent on me demande si je n’ai pas peur de voyager seul, si ce n’est pas trop dur, si ce n’est pas trop risqué. Non, tout va bien ! Et même mieux, je me sens bien plus présent à moi même et disponible pour les autres dans ce mode de voyage solitaire. La seule chose qui me fait vraiment peur dans la vie, c’est de ne pas la vivre pleinement.
La mort de mon cousin a été ma plus grande leçon de vie. Certainement la plus belle. Le plus grand encouragement à la vie que l’on ne m’ait jamais donné jusqu’à aujourd’hui. Une éclosion, une révélation, et peut-être même une deuxième naissance. Je ne peux avoir peur d’elle tant elle apporte si on arrive a bien la regarder. Comme une bouffée de chaleur qui parcours toutes les veines de votre corps à une vitesse fulgurante, jusqu’à la plus infime et que vous sentez se propager. Je trouve beaucoup d’energie dans ce moment, qui, loin d’être une extinction, est une présence au monde la plus complète que je connaisse, la plus universelle, la plus immuable, peut-être le saint Graal. Que ce soit pour mon cousin ou pour mon grand-père, je la reçois comme un hymne à la vie, comme le présent le plus précieux que l’on puisse me faire. Une braise éternellement chaude que l’on me confie, dont je dois prendre soin et que je dois utiliser pour insufler la prochaine flamme. Pour être, il faut frictionner, entre-choquer ces bois rougeoyants et rebutants car c’est de l’étincelle que nait la lumière et la vie.
La mort est apaisante mais pas de tout repos. Elle consiste à sublimer la vie et produit un ether qu’il faut savoir capter. Certainement ce que cherche a faire Grenouille dans ce livre, Le Parfum
, que je n’ai jamais lu. C’est avec la mort dans le coeur que l’on rayonne à la vie.
Commentaires
Cher nicolas, tes mots me vont droit au coeur. La leçon de vie que j'approfondis de mieux en mieux est la fraternité maintenant avec ceux avec qui je suis. J'essaie de me libérer du passé sans l'occulter. Je t'embrasse très fort. Martine;
Mon poulet,
le gris-z-lit t'a regardé passer, t'a écouté danser, t'a deviné chanter.
Plutôt l'ours de l'oural, la descente de lit préférée de Michel Strogoff.
Ce que tu dis, c'est comme la plongée profonde. Très profonde. Celle que l'on ne raconte presque pas.
A un certain moment, l'air que tu respires devient si dense, si pateux, si épais en bouche, te demande tant d'effort pour le faire pénéter dans tes bronches qu'il te faut bien prendre la décision de remonter, malgré l'envie d'encore plus loin, sous peine de pétrification générale.
Et alors, la remontée, chaque point de densité respirée perdu, chaque longeur d'onde de lumière retrouvée, chaque degré d'agitation thermique recouvré, chaque frange d'ivresse abandonnée, chaque idée à nouveau facile, la remontée, c'est comme la renaissance au monde, le retour des sensations primales, le pacte à nouveau scellé avec la marche du monde.
Je t'embrasse.
JC