Du regard et de la perception : Vladivostok par les yeux de Jenya, rencontrée par hasard dans la rue pour mon premier matin au bout du bout de la Russie.

Dans le bus pour l’aéroport, tu m’as dis être curieux de ce que pouvait être la même période de ton voyage vue par une de tes rencontres. Tu m’as demandé ce que ces gens avec qui tu fais connaissance ressentent au moment de ce dire au revoir, ce que cette expérience pouvait changer dans leur vie. Toi, tu voyages, tu es dans l’extraordinaire. Tu y est préparé, tu le cherche. Eux, sont dans l’ordinaire, le quotidien. Tu les bouscule, tu fais irruption dans leur vie tel un ouragan et pars ensuite en toute hâte vers d’autres pays.
Nous ressentons, je pense, la même chose que toi et tous les autres gens, qui se séparent d’une personne devenue partie leurs vies, leurs sentiments, leurs pensées, leur esprit.

Il est une autre question de savoir pourquoi toi, tu es apparu dans leur vie …
Tu connais la vie – une chose très intéressante qui parfois fait des surprises au destin. Le destin n’est pas un ennemi, une fatalité, mais notre ami. Cela dépend de si nous savons entendre, écouter et reconnaître ses signes. Et après tout, il nous les donne en grande quantité. Tu étais le signe que le destin avait décidé de m’envoyer. Cette rencontre m’était nécessaire.
À cette époque-là j’étais tourmentée par une question et cela durait depuis assez longtemps… Globalement, l’année passée a été critique dans ma vie. Comme si quelqu’un ou quelque chose me dirigeait dans une autre voie, sans me permettre d’aller (vivre) comme je l’envisageais.

Parfois il me semble que le destin est déjà décidé, que nous vivons non parce que nous avons voulu ainsi ou décidé ainsi, mais parce que tout est déjà prévu et décidé pour nous par une force inconnue…
Les événements de cette année m’ont rappelé ma fantaisie d’enfant, mais ils m’ont aussi indiqué le chemin a suivre pour garder cette direction. En analysant les événements passés, j’arrive à la conclusion que tout est organisé de manière a ce que mon rêve se réalise. Je n’ai pourtant fais aucun effort pour que ce soit ainsi puisque je ne le trouvais pas nécessaire. À cette époque-là j’étais à la croisée des chemins.
Mais, par une journée ensoleillée je suis allée avec une amie acheter des billets pour le spectacle du collectif de danse «Каури» (À propos, ils utilisent la musique du compositeur français Rene Obri – la très bonne musique, tu aimeras) accompagné du batteur Marko Minnemanna. Ayant acheté les billets, nous avons décidé de casser la croûte dans la rue. Et soudain j’ai vu une personne avec un grand sac à dos sur les épaules.
D’habitude, je ne parle jamais aux étrangers en raison de ma connaissance de l’anglais, mais cette fois quelque chose m’a obligé à me mettre à lui parler. Je lui ai demandé : «Куда собрались?» («Où vas-tu avec un si gros sac ?»)…
Tout est allé vite, les éléments se sont mis à tourner … les événements de ces deux semaines couraient à une vitesse folle. Il fallait avoir le temps, avoir le temps de se rencontrer avec tous les amis et avoir le temps de faire connaissance, parler de ceci et de cela … tout ca s’est passé en un coup de vent, en un instant.
Cette rencontre m’était nécessaire. Dans ma vie il y a une régularité, un invariant … c’est l’aide qui m’est envoyée. Quand je me trouve dans une situation trop embrouillée, comme dans un labyrinthe, où je ne peux aucunement trouver la sortie, il y a une personne, une relation avec qui je trouve la réponse à la question qui me déchire depuis longtemps.
Une telle personne, la première a été Janas. Il est apparu dans ma vie et a disparu brusquement. Si brusquement qu’il m’a laissé les souvenirs vifs. Il est apparu au moment nécessaire, a un moment critique de ma vie. Et je lui suis reconnaissante de cela. La deuxième personne c’est Nico. Il m’a semble que ces jours-là nous étions inséparables, tellement nos énergies s’étaient entrelacées.
L’homme est une créature libre. Mais les gens eux-mêmes se coincent dans les cadres qu’ils ont créés eux-même. Dans la vie il y a peu de gens qui les savent casser. Et je suis très contente de connaitre l’un d’eux.
Tu m’as rappelé qu’il faut vivre avec les sentiments, les désirs, et non les obligations. Je commençais déjà à oublier… Tu me disais constamment que j’étais folle, que je me comportais comme un enfant. Mais c’était la liberté, la liberté véritable, parce que seulement les enfants sont libres à la vie – ils sont naturels et directs. De nos jours, les adultes trouvent «qu’être comme un enfant» est mauvais, que ce n’est pas souhaitable. Ils ont tort. Simplement ils craignent d’être heureux et c’est pour cela qu’ils cachent l’enfant qui est en eux au plus profond, de crainte que quelqu’un les vois … d’etre soudainement ridiculisé… de quelle honte seront-ils habilles ?
Ces jours-là j’étais heureuse, parce que j’étais comme un enfant.

Ce que j’ai ressenti quand on s’est dit au revoir ? Quelle impression les gens peuvent donner d’eux même a une autre ?… Ainsi il faut remplir le vide créé par le départ avec l’énergie de cette personne. Ce vide qui serait fait de bonheur, de joie, de haine, de bonté, d’offense, de tendresse, d’espoir, de chagrin, d’affection, d’euphorie, d’amour. La vie est un jeu, et parfois nous devons jouer selon ses règles.

Certainement trouveras-tu cette lettre très étrange. Peut-etre ne la lira-tu jamais. Mais si tu lis, je ne sais pas si tu comprendras, tant elle est empreint pas «d’Esprit Russe». Je ne sais pas quelle sera ta réponse et s’il l’y en aura une.

Le temps de notre rencontre passera et semblera être un rêve. Je m’étonnerai en regardant les photos de me poser la question «qui est cette personne avec les yeux lumineux et le sourire radieux qui est assis à côté de moi … ?»